observatoire des sondages

Biaisant ? Forcément

mercredi 1er septembre 2010

Dans les sondages aussi, il fut un temps où l’on croyait volontiers que les défauts de méthode étaient des défauts de jeunesse. Et les professionnels se moquaient volontiers de leurs propres erreurs anciennes. Ils avaient été naïfs, concédaient-ils sans apercevoir qu’ils le restaient en croyant dans l’inéluctabilité du progrès. Bien sûr, on peut faire aussi des progrès dans les trucages. Ou dans leur justification. Ainsi se multiplient aujourd’hui des questions manifestement inacceptables autrefois parce qu’elles orientent la réponse. Un sondeur aurait-il accepté il y a seulement trente ans de demander :

« Etes-vous favorable ou opposé aux expulsions vers la Roumanie de Roms sans papiers ? » [1].

Certes, objecteront des sondeurs d’aujourd’hui, eux, ils ne l’auraient pas posée et ils mettront en cause OpinionWay, l’entreprise qu’ils ont si souvent critiquée pour ne pas respecter certaines règles élémentaires.

Aussi intéressant que cette grossière falsification d’un push poll, a été la réponse du coupable aux critiques qui faisaient remarquer qu’il n’y avait pas de Roms sans papiers puisque leur pays la Roumanie faisait partie de l’Union européenne. Une toute petite objection qui n’a pas démonté un sondeur prompt à sortir de son répertoire d’excuse celle toute faite de l’euphémisation. « On aurait pu faire un autre choix », rétorquait le directeur d’études d’OpinionWay (Libération fr. 27 août 2010). On avait déjà rencontré l’argument grossier du relativisme de la méthode : de toute façon, il n’y a pas de question parfaite, on aurait pu trouver une autre formulation … avec d’autres inconvénients. L’important est de répondre et de faire oublier. Au passage une petite perfidie à l’endroit de la concurrence consiste aussi à pointer les choix d’un concurrent. Autre réponse de son directeur d’études : OpinionWay a préféré parler de « certains camps » contrairement à l’Ifop qui évoquait les « camps illégaux », ou encore a pu éviter le pire en renonçant à l’expression « en situation irrégulière », plus biaisante ». Et s’il n’est que des questions biaisantes, est-ce une excuse ? Et pourquoi insister ? Les entreprises qui se sont manifestement spécialisées dans la réalisation de push polls pour le Figaro et l’Elysée organisent une compétition du plus mal disant dont on peut attendre de beaux développements méthodologiques.


[1Cf. Le Politoscope OpinionWay-Le Figaro, 26 août 2010.

Lire aussi

  • Biaisé mais bon pour le moral

    12 mars 2018

    A lire les sondages la défiance à l’égard des professionnels de l’information n’est guère moins prononcée que la défiance à l’égard des professionnels de la politique [1]. Heureusement, magie des chiffres (...)

  • Sauver le soldat Wauquiez

    22 février 2018

    Il fallait s’y attendre. Après “avoir fait le malin” lors d’une conférence donnée à l’EM Lyon le 15 février, suscitant consternations et indignations, le président de LR a été contraint d’organiser son (...)

  • Impostures de l’année, et maintenant l’effet Goldman

    26 décembre 2017

    Le chanteur à la retraite Jean-Jacques Goldman, qui vit désormais à Londres, est devenu en cette fin d’année la cible n° 1 des sondeurs et de la presse française. Redevenu pour être exact.
    Il avait (...)