observatoire des sondages

Comment les sondages font parler la presse

samedi 16 mai 2009

On sait qu’une bonne partie de l’intérêt de la publication des sondages dans la presse est d’être repris en boucle par la presse et de faire ainsi citer l’organe de parution par ses confrères et les revues de presse. Peu importe la pertinence du sondage. Le sondage pré-post électoral Ifop Sud Ouest Dimanche du 26 avril 2009 sur un vote imaginaire d’aujourd’hui avec les candidats de 2007 a au moins rempli cet objectif.

Pour se limiter à des médias peut-être moins suspects de manque d’esprit critique que d’autres, Le Canard Enchaîné et Le Monde, le sondage a été cité. Le premier évoque une inquiétude à l’Elysée devant le faible écart qui séparerait Ségolène Royal de François Bayrou et le risque de retrouver celui-ci à un deuxième tour dans… 3 ans. On comprend cependant que Le Canard Enchaîné (29 avril 2009) se réjouisse de cette inquiétude. Manière de prendre un sondage au sérieux même s’il ne l’est pas parce qu’il fait plaisir. Le Monde (30 avril 2009) rapporte la même inquiétude des « grenadiers de l’Elysée ». Du point de vue de la pertinence de l’information, les conseillers de l’Elysée ont bien tort de s’inquiéter. Cela ne rend pas plus probable une nouvelle élection avec les mêmes candidats que 5 ans plus tôt. Mais si tout le monde croit à la fiabilité du même artefact, celui-ci a des effets qui ne sont pas sans faire penser au théorème de Thomas. Si l’on ne peut exactement dire à la suite de celui-ci, « si des hommes considèrent certaines situations comme réelles, elles sont réelles dans leurs conséquences », on peut assurément affirmer que des conséquences sont réelles. La politique devient ainsi un théâtre d’illusions où les luttes sont transformées en intrigues de personnes et en manœuvres de spin doctors.

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