observatoire des sondages

M. Jean-Marie Le Pen et les sondages

mercredi 23 décembre 2009

Dans la vie politique française, M. Jean-Marie Le Pen cultivait la singularité du mépris des sondages. Il est vrai que ceux-ci avaient le tort de sous-estimer ses résultats électoraux. Ils ne le font plus. Cela explique-t-il que le président du Front national ait aussi changé d’avis ? A propos de la politique de l’immigration du chef de l’Etat, il assure que « ses actes n’ont pas été en rapport avec sa campagne et cela explique qu’il soit à 32 % dans les sondages » (Le Monde, 18 décembre 2009). On peut supposer que M. Jean-Marie Le Pen évoque ainsi la faible côte de popularité de Nicolas Sarkozy. Peu importe si, quitte à envisager un pourcentage, il invoque un des produits les moins fiables de l’industrie sondagière. Moins banale est sa référence aux diverses consultations lancées par des journaux sur les minarets : « J’ai vu les sondages du Figaro, c’est pas des sondages faits sur 5000 ou 800 personnes, c’est 50 000 personnes, je crois que c’est 73 % contre les minarets ou approuvant la démarche de Friesenberg, la votation en question » (Journal de bord de Jean-Marie Le Pen, n° 170, 11 décembre 2009). En se moquant si longtemps, M. Jean-Marie Le Pen n’a pas eu le loisir de se former à la statistique.

Il n’est pas anodin que la presse française ait retrouvé aujourd’hui le procédé des votes de paille (straw vote) dont on se souvient qu’il avait subi la concurrence victorieuse des sondages. Le Literary Digest avait annoncé la défaite de Franklin D. Roosevelt en 1936 à partir d’une consultation de plusieurs millions de ses lecteurs alors que George Gallup avait prédit l’inverse avec raison à partir d’un échantillon représentatif de quelques milliers d’électeurs. Ce succès avait consacré les sondages mais signé la mort du Literary Digest et des votes de paille. Or, plus de soixante ans après, M. Jean-Marie Le Pen assure que ces consultations sont plus fiables parce qu’elles font s’exprimer beaucoup plus de gens. Sans doute ne fait-il qu’imiter ses collègues quand les résultats sont favorables. Et il faut reconnaître que sa passion nostalgique lui évite la banalisation. Sa bonne forme nous laisse espérer un prochain éloge des diligences.

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