observatoire des sondages

Omniprésence médiatique

lundi 31 mars 2014

Qui s’est étonné de voir les sondeurs aussi présents sur les plateaux de télévision, de radio et dans les colonnes lors des élections municipales de 2014 ? Depuis fort longtemps, ce ne sont plus les politologues de Sciences-Po qui assurent le commentaire des soirées électorales, René Rémond, Alain Lancelot et C°. On s’y est fort bien habitué sans savoir si ce sont les politologues qui boudent les plateaux ou les journalistes qui boudent les politologues. Il n’est guère que France 3 pour perpétuer la tradition en faisant appel à un universitaire Olivier Ihl qui, lors de la soirée électorale du second tour, a osé critiquer les sondages, leurs prévisions fantaisistes et quelques usages manipulatoires. Il faut dire que l’omniprésence des sondeurs avait de quoi étonner si on la rapportait aux erreurs commises dès le premier tour et confirmées encore au second tour. La presse s’en est fait l’écho très modéré entre les deux tours. Essentiellement en interrogeant les sondeurs eux-mêmes [1]. Ne sont-ils pas les mieux placés pour juger leurs erreurs ? Dans un morceau de bravoure aujourd’hui banal, Jean-Marc Lech a osé un audacieux et comique plaidoyer [2] :

- Le Point : "Si l’abstention est de plus en plus difficile à prévoir, cela veut dire que les sondages seront de moins en moins fiables ?"
- Jean-Marc Lech (Ipsos) : "Avec les technologies modernes et les réseaux sociaux, je pensais qu’on allait trouver plus de déclarations sincères. Ça n’a pas été le cas. Mais, à terme, Internet devrait amener plus de sincérité, et donc des estimations plus fiables".

On sait que les relations entre sondeurs et journalistes sont devenues si étroites qu’elles expliquent largement cette omniprésence. Mais ne le dites surtout pas aux journalistes concernés car ils prennent mal la chose. Quasiment une insulte. Pourtant, sans exclure la camaraderie forgée par une collaboration suivie, ces métiers ont fini par partager les mêmes représentations de la politique. Les contester ne met pas en question l’honnêteté professionnelle mais incite à la distance critique. Qui accepte encore aujourd’hui les conseils, les simples doutes sans parler des leçons ? La compréhension ne viendra pas de cette conception simpliste de l’information qui consiste à dire que, quels que soient les biais des sondages, « c’est de l’information », comme vient de le répéter l’un des présentateurs de France 2 David Pujadas :

« Les médias font leur boulot. On n’est pas là pour influencer les électeurs, ou leur dicter les critères du vote. Notre rôle est de donner ou de dévoiler des infos, agréables ou pas. Ensuite, chacun en tire les conséquences qu’il souhaite » [3].


[1Quelques exceptions comme : « Municipales : tout ce que les sondages politiques ne diront jamais », L’Express, 18 mars 2014.

[2Le Point, 23 mars 2014.

[3Cité par Renaud Revel (journaliste à l’Express) sur son blog : « Municipales : fiasco des sondeurs et noyade des médias ».

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