observatoire des sondages

Une « intoxication » nécessaire : le « lapsus » J. M. Aphatie

mardi 26 octobre 2021

Peu coutumier du genre, c’est un euphémisme, la lucidité de J. M. Aphatie sur le métier de journaliste, en l’occurrence la responsabilité de la presse et donc des sondages dans le brouhaha médiatique entourant Eric Zemmour, lui aussi journaliste, n’aura été qu’un feu de paille. « Nous avons fabriqué Eric Zemmour » n’était qu’un leurre (France 5, C’est à vous, 10 septembre 2021).

Réagissant sur LCI (25 octobre 2021) à la décision du quotidien Ouest France de ne plus commander de sondages (23 octobre 2021), ni de « commenter ceux des autres » [1], il repète, tel un perroquet, la sophistique des sondeurs.

- Brice Teinturier (Ipsos) : « Si on casse la légitimité des sondages, on autorise tous les commentaires au doigt mouillé. Cet outil est indispensable à la compréhension d’une campagne », France Info, 21 octobre 2021.

- Emmanuel Rivière (Kantar) : « Si les sondages n’existaient pas, on chercherait l’oracle dans des indicateurs beaucoup moins fiables » France Info, 21 octobre 2021.

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- J. M. Aphatie : Est-ce qu’on peut imaginer une élection sans sondage ? C’est-à-dire une élection à l’aveugle. Une élection à l’aveugle ce serait un problème parce que les partis politiques feraient les sondages pour voir où ils en sont, où en est leur candidat dans les intentions de vote, si tel ou tel événement de campagne a de l’impact, de l’influence et donc du coup ils intoxiqueraient les journalistes qui eux ne commanderaient pas de sondage. Si tout le monde fait comme Ouest-France on « gaufre » complètement une élection.

« Personne n’est parfait » donc tout est permis ?

Une élection à « l’aveugle » ? Qui serait aveugle, J.M. Aphatie ? Il l’est déjà manifestement, deviendrait-il muet ? On peut toujours rêver. Sans surprise personne sur le plateau n’a relevé le « joli » lapsus, car c’en est un. Incompétence oblige, avec une mention spéciale néanmoins pour la réalisatrice et écrivain Abnousse Shalmani, qui y est allée de son analyse d’une vacuité insondable (inutile de lui faire trop de publicité).

S’ils consultent beaucoup et comptent surtout sur les sondages publiés par la presse, les partis politiques en commandent aussi pour leur propre compte depuis longtemps. Il suffit pour s’en convaincre de consulter les comptes de campagne déposés à la C.N.C.C.F.P. [2]. A qui s’adressent-ils pour leur réalisation, qu’ils soient confidentiels [3] comme souvent, ou non ? A des cartomanciens ? Aux mêmes sondeurs, à quelques exceptions près, que ceux auxquels a recours la presse. Rappelons que La France Insoumise tentée un instant par la fabrication de sondages maison a vite renoncé. Autrement dit les sondages intoxiquent aux dires de J.M. Aphatie les journalistes et les partis politiques, par conséquent tout et tout le monde.

Et le journaliste de terminer sa démonstration :

- J. M. Aphatie : les sondeurs ont pour une élection présidentielle une capacité à sonder assez efficacement l’opinion publique. S’est installée l’idée qu’ils se trompaient tout le temps ce n’est pas une idée juste. Et Ouest-France accrédite cette idée qu’ils se trompent tout le temps en disant nous on en commandera plus et on n’en publiera plus : Une élection sans sondage c’est aller à l’aveugle vers une catastrophe.

Nécessaires pour qui ?

Avant « l’ère des sondages » tout n’était en France que farce électorale ? J.M. Aphatie a dû se tromper de fiche, ou de pays. Que les sondages se trompent (ou pas) n’est d’ailleurs pas le problème, mais qu’ils intoxiquent, comme il l’a ’avoué selon ses propres termes, non ? Il faut croire que ce qui était à craindre ne l’est plus deux secondes plus tard car ses sondages imparfaits, qui intoxiquent, sont nécessaires pour éviter une catastrophe. Des arguties que partagent à n’en point douter les narco-trafiquants. L’héroïne est une drogue, mais les héroïnomanes en ont besoin, il est donc nécessaire de la légaliser. Singulier raisonnement sauf, c’est une évidence, pour ceux qui en vivent : les trafiquants de drogue. Pour les sondages, les sondeurs et les professionnels du commentaire comme J.M. Aphatie. Éventuellement les sondés qui veulent renouveler leur petit électroménager (par exemple) grâce aux bons d’achat qu’ils offrent, et le noyau dur des sondés opiniomanes. Pour tous les autres citoyens le doute est plus que permis.

Une élection sans J.M. Apathie ce serait-elle une catastrophe ? Rien n’est moins sûr non plus.


[1Dixit son rédacteur en chef François-Xavier Lefranc.

[2Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques.

[3hors du champ de compétence de la commission des sondages.

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