observatoire des sondages

Nicolas Sarkozy et les sondages : le début de la curée ?

mardi 16 novembre 2010

Deux jours après Marianne, Libération publie un sondage sur la popularité en berne de Nicolas Sarkozy. Un sondage par téléphone et non par internet, un baromètre de popularité et non un (faux) sondage sur des intentions de vote. De fait, si le sondage Viavoice-Libération ne présente pas les mêmes biais grossiers que le précédent (Cf. 2012 : la campagne de désinformation continue avec Marianne), on doit s’interroger sur ces opérations si répétitives qu’elles devraient lasser. Et justement il faut bien se demander pourquoi, elles ne semblent pas lasser. En tout cas pas à la hauteur de l’information que ces sondages donnent. Il suffit de lire les commentaires des sondages antérieurs pour constater que l’on n’y apprend rien et que tout s’oublie. Quel est donc ce passe-temps vain qui occupe la presse un peu comme les horoscopes ? A moins que ce ne soit pas cela. Du moins pas toujours. Il faut en effet lire les commentaires pour commencer à comprendre ce qui se joue. Celui du directeur associé de Viavoice commence par une phrase délicieuse : « L’heure serait-elle propice à Nicolas Sarkozy ? ». Il convient de ne pas mécontenter complètement l’Elysée qui pilote tant de commandes comme celles du SIG dont Viavoice est un fournisseur. Le prince est susceptible qui vient récemment de faire limoger deux chargés d’étude d’entreprises de sondage et redistribuer les contrats du SIG… Ensuite, le commentaire dépeint lourdement la catastrophe. Nicolas Sarkozy subit un « double discrédit d’opinion » : baisse de popularité (encore) et faible confiance dans ses chances de succès. Ensuite, la « prééminence » du Premier ministre s’accroît. Humiliation, comme personnalité d’avenir, il serait devancé par François Fillon (53 %), Christine Lagarde (49 %), Jean Louis Borloo (44 %), Dominique de Villepin (38 %) et même le revenant Alain Juppé (35 %). Pire, il serait même concurrencé au sein des sympathisants UMP. Il lui faudrait prioritairement corriger sa politique et la gauche serait portée par l’opinion. Aucune consolation à tirer d’un tableau aussi sombre. Et Libération en rajoute dans son propre commentaire.

Du coup, on comprend mieux ce qui attise la gourmandise. Cela ressemble fort à une amorce de curée. Et on se délecte déjà de « l’information » : Nicolas Sarkozy ne serait plus le meilleur candidat pour la majorité sortante. Une semaine auparavant, Dominique de Villepin a suggéré qu’il ne se représente pas. Depuis la dernière déconfiture électorale, des députés se demandent s’il est le bon candidat pour leur permettre de garder leur siège. Et des journalistes se délectent de participer à ce jeu de sélection des candidats d’autant plus que celui qui perd pied était si persuasif qu’il avait fait croire qu’il n’y avait pas d’alternative à ceux qui aujourd’hui s’étonnent. Comment ne pas être excité… en attendant déjà les prochains sondages.

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