observatoire des sondages

Le Monde diplomatique se convertit-il à la politologie ?

mercredi 11 mai 2022

La victoire d’Emmanuel Macron a mis très en colère Le Monde diplomatique qui le dit haut et clair. Jusqu’à utiliser des arguments utilisés d’habitude par d’autres. A la une, un long éditorial politologique à la Pascal Perrineau (qui serait devenu porte-voix de l’extrême gauche, hypothèse assez peu probable il est vrai).

Tout cela pour dire que le vainqueur était un mauvais vainqueur, mal élu, tricheur etc [1]. Comme on le lance régulièrement aujourd’hui dans les confrontations footballistiques. La thérapie aura-t-elle fonctionné ? D’un côté, rien d’étonnant pour un mensuel qui assume sa continuité politique. On est d’accord ou pas : question d’opinion. Par contre, on s’interroge sur un changement de paradigme : les doxosophes et la politologie n’avaient jusqu’à présent pas droit à de tels « honneurs » pour des raisons que l’on croyait avant tout, sans doute un peu naïvement, scientifiques. Voila ce que suggère aussi dans le même numéro un article de sondeurs de Cluster17 [2]. Nouveau venu qui, après une entrée provisoire dans l’hebdomadaire Marianne, investit le Monde Diplomatique. La reconnaissance est à ce prix.

Comment interpréter une proposition comme celle-ci ?

- Le président sortant se trouve reconduit par défaut alors que la plupart des Français estiment que son bilan est mauvais (56 %), que depuis cinq ans la situation du pays s’est dégradée (69 %), que son programme est dangereux (51 %) et qu’il sert surtout les intérêts des privilégiés (72 %) (Le Monde diplomatique, mai 2022, à propos du sondage Ipsos, le Cevipof, Le Monde 20 avril 2022) ).

On ne s’interrogera pas ici sur le sens général d’une telle proposition qui semble mettre en doute la légitimité de l’élection concernée - c’est permis - à moins que ce ne soit celle de toute élection si les électeurs mettent toujours des choses différentes - et souvent surprenantes - dans leur bulletin de vote. Ce que la sociologie électorale sérieuse nous a appris dès les années 1960. Plus précisément, comment interpréter des propositions dont le sens n’est pas établi. Un bilan mauvais ? Parce qu’il a été trop à droite, trop à gauche ? Trop répressif ? Pas assez répressif ? Situation dégradée ? La faute du Président ? Programme dangereux ? Les autres programmes ne le sont-ils pas ? Sont-ils d’ailleurs connus par les sondés ? Une mauvaise chose pour les Français ? Lesquels ? Les riches ? Les pauvres ? Tout le monde ? Le sondage ne le dit pas et les sondés ne l’ont pas su. Ils ont mis ce qu’ils voulaient dans ce qu’ils disaient. Peut-être rien qu’une humeur vague pessimiste comme il se doit dans les temps actuels. Il faudrait être sacrément optimiste pour voir un avenir radieux quand la guerre bat son plein, quand la crise économique menace, quand on n’est pas sûr d’être sorti de la pandémie, etc. etc.

Un peu désolant que des gens sérieux prêtent attention à des pseudos informations. Mais n’est-ce pas le propre de l’illusion que de prendre consistance parce qu’elle est partagée.

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