observatoire des sondages

Mort obscène

jeudi 6 novembre 2014

La mort de Rémi Fraisse, jeune étudiant botaniste, le 25 octobre dernier à Sivens, illustre le peu de scrupules qu’ont les sondeurs à utiliser un événement tragique comme support à leur production, au service de la politique, en l’occurrence du combat politique de leur commanditaire officiel ou non, et bien sûr de leur propre communication.

Ainsi Odoxa affirme que 7 français sur 10, en réalité 714 internautes rémunérés et sondés par le sondeur, considèrent que la mort de Rémi Fraisse tué par l’explosion d’une grenade lancée par les forces de l’ordre « n’est pas une affaire d’Etat ». Deux question sont réglées, le problème :

- Un jeune militant, Rémi Fraisse, est mort lors d’une manifestation contre le barrage de Sivens. A propos de la mort de ce jeune militant,diriez-vous qu’il s’agit d’une affaire d’Etat : oui / non

Comme à l’accoutumée, le sondeur n’apporte aucune précision sur la signification de la formule « affaire d’Etat », jouant ainsi sur sa polysémie pour agréger des réponses et entretenir l’illusion d’un accord sur les termes.

Pourquoi d’ailleurs poser la question ?

Au vu des nombreuses réactions qui ont suivi le drame, aussi bien des membres du gouvernement, que de collectivités locales ou des représentants d’institutions publiques (gendarmerie, justice), cette question ne se posait plus au moment du sondage. Au moins dispose-t-on ici d’un indice de la perspicacité des personnes qui ont accepté de répondre.

Sauf à privilégier une signification minimisant l’importance de l’événement et par conséquent condamnant tout ceux qui tenteraient de lui en accorder une. En clair : « pas la peine d’en faire un drame... ou tout un fromage ». Difficile à dire frontalement mais en mêlant polysémie et hypocrisie..

S’il y avait ambiguïté, elle serait levée dès la deuxième question qui déplace l’attention des sondés du mort aux Verts.

- Diriez-vous que Les Verts ont eu raison ou tort d’attaquer le gouvernement sur la mort de Rémi Fraisse ?

On ne saura « bien sûr » rien de ces critiques comme d’ailleurs de ce que leur reprochent les sondés. L’unique objectif de ce détournement apparait plus clairement : amalgamer dans même un ensemble les adversaires de tous bords des écologistes. Il n’est dès lors pas difficile d’obtenir 74% des sondés jugeant fautives les attaques des Verts. Oubliés la mort d’un manifestant, les raisons de la protestation, les responsabilités politiques, etc.

De quoi mettre « du baume sur les plaies du gouvernement » estime le Parisien en commentaire de ces chiffres (1 novembre 2014). Aucune information n’ayant fait état de la présence de membres du gouvernement au sein de la manifestation du 25 octobre ni de celles qui l’ont suivie un peu partout en France, il doit s’agir de blessures symboliques.

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