observatoire des sondages

Paroles, paroles : le ministre et les sondés

mercredi 1er septembre 2021

Les insinuations de J-M. Blanquer, ministre de l’Education nationale, affirmant que la période de versement de l’allocation scolaire coïnciderait avec une augmentation de la vente d’écrans plats (France 3, 29 août 2021) ont été abondamment commentées et critiquées. La presse n’a pas manqué de se saisir de la polémique pour démêler « le vrai du faux ». Avec plus ou moins de bonheur.

Elle a exhibé comme preuve, après coup, du mensonge ministériel les enquêtes de la CAF qui verse sous conditions de ressources l’allocation scolaire (ARS). En fait d’enquêtes il s’agit des sondages effectués auprès d’allocataires tous volontaires pour y répondre (la plus récente datant de 2013...) [1]. Le fiasco sondagier des régionales de juin 2021, pour ne rien dire des précédents scrutins, est sans doute trop ancien pour le champ médiatique. Attitude confortable quand on est soi même commanditaire officiel de sondages d’opinion.

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Certains titres de presse ne se sont toutefois pas contentés de paroles d’allocataires et ont « sollicité » celles des vendeurs d’écrans plats. Récoltées aussi par sondages (réalisés par GFK notamment Growth from Knowledge) mais sans doute plus fiables, elles démentent celles du ministre (cf. Libération, rubrique CheckNews, 31 août 2021).

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Il est plus difficile en effet d’imaginer le bénéficiaire direct de l’ARS avouer spontanément que l’argent qu’il a reçu a été utilisé à des fins autres que celles pour lesquelles il lui a été accordé.

Face à la polémique naissante le ministre s’est retranché derrière le témoignage d’enseignants qui lui « racontent ce qui se passent sur le terrain » (France Inter, 1 septembre 2021). Ceux qui peuvent et veulent lui parler, réduisant ainsi considérablement le nombre de cas. On l’aura compris le ministre ne se préoccupe guère de réalités statistiques. Ce qui ne n’a pas empêché son ministère de passer commande auprès d’Ipsos, le sondeur préféré des gouvernements depuis plusieurs années, pour évaluer le nombre d’enseignants vaccinés contre le Covid. Composé seulement de 500 enseignants, issu d’un access panel de l’entreprise, l’échantillon n’est pas des plus représentatifs de la profession. Mais ici peu importe. A part l’auto-congratulation à laquelle s’est livré J-M. Blanquer pour annoncer les résultats (cf. JDD, 21 août 2021) on peut douter de l’utilité et de la pertinence d’un tel sondage. Concernant le corps enseignant on pouvait très raisonnablement prévoir les résultats obtenus : il est (très majoritairement) vacciné contre le Covid. « A la date du sondage 78 % des professeurs interrogés déclarent avoir reçu les deux doses de vaccin (...) et moins d’un enseignant sur dix déclare ne pas compter se faire vacciner » (Libération, 26 août 2021).

La répétition est dit-on dit à la base de la pédagogie. La répétition des fiascos sondagiers n’a manifestement pour l’instant pas appris grand chose à une majorité de la presse. Nous rappellerons néanmoins en guise de première leçon, rentrée scolaire oblige, l’un des fondements des sciences sociales : les humains ne font pas ce qu’ils disent et ne disent pas ce qu’ils font, du moins pas suffisamment pour qu’on les croie sur parole.

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