La Cour des Comptes a contrôlé les dépenses de l’Elysée, non les comptes des entreprises qui sont l’affaire d’autres administrations. Malgré leur opacité, ces dépenses ouvrent une fenêtre sur les aspects secrets des sondages : à travers les flux financiers, on aperçoit les intérêts et les relations existant entre les sondeurs, les organisations politiques et la presse. En outre, les révélations ont provoqué des règlements de comptes utiles pour lever un peu plus le voile sur une activité dont les acteurs célèbrent volontiers la transparence.
Il est rare que des dirigeants d’entreprise accusent leurs collègues d’avoir bénéficié de financements secrets, rompant ainsi la loi du silence qui n’est pas seulement une norme de conduite des organisations criminelles. Avant de lancer à leurs confrères cette accusation d’avoir été « contraints d’émarger, il n’y a pas si longtemps, au système des fonds secrets de l’Elysée », les dirigeants d’OpinionWay auraient dû réfléchir plus longuement. Si le soupçon était fondé pour les autres, pourquoi ne le serait-il pas pour eux ? On comprend qu’ils appuient ainsi la prétention présidentielle de transparence, il n’empêche que celle-ci a été singulièrement mise à mal et on conçoit difficilement comment ce qui dure depuis longtemps cesserait par un accès de vertu. Nul ne peut donc se plaindre qu’on applique un devoir de curiosité à tout le monde.
Les questions sur le financement des sondages ne sont pas nouvelles. Attirant cette réponse dédaigneuse : il faudrait être mesquin pour chercher querelle quand les sondages d’opinion ne constituent qu’une faible part du chiffre d’affaires des instituts. Le P-dg de TNS Sofres, le répétait après d’autres : « De plus je le rappelle, les sondages politiques représentent une part très minoritaire de notre activité » (Le Figaro, 15 octobre 2007). Pour se défendre, les dirigeants d’OpinionWay n’ont pas trouvé mieux : « Le montant des sommes en jeu, comme leur influence tout à fait marginale sur la rentabilité de notre entreprise auraient pu suffire à considérer ces faits comme un non-événement ». Il est facile d’objecter qu’à ce compte, ni les uns ni les autres n’ont été « contraints d’émarger aux fonds secrets ». Encore aurait-il fallu demander à tous pourquoi ils continuent de faire des sondages d’opinion qui, à les en croire, ne leur rapportent aucun profit mais beaucoup d’ennuis au lieu de se consacrer aux activités de marketing qui ne leur attirent aucune curiosité publique mais beaucoup de profits. Les arguments des luttes commerciales laissent parfois pantois les esprits minimalement épris de logique.
Un autre argument habituel de la défense des sondeurs était de reporter sur les accusateurs la charge de la preuve : fournissez des preuves, des faits et des noms. Ainsi, le P-dg de TNS Sofres jetait-il ce défi à propos des « accusations de rapport incestueux des sondeurs avec les politiques, voire de bassesses financières ». Et de prendre à partie un ministre d’alors : « M. Goulard, soit vous avez des preuves – alors nommez précisément une société, des individus – ou alors, s’il vous plaît, ne portez pas le « tous pourris » sur la place publique » (Le Figaro, 15 octobre 2007). Autant demander de dénoncer par des lettres anonymes. Sachant que les informations sur les financements occultes viennent de l’intérieur des instituts de sondages, d’amis souvent, dont il est impossible de livrer les noms, les sondeurs ne risquent pas grand-chose. Les leçons de déontologie, dont les sondeurs n’ont jamais été avares, prêtent à sourire.
observatoire des sondages
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