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Comptes obscurs et liaisons dangereuses : OpinionGate (1)

samedi 19 septembre 2009

Par quelle naïveté, quelle étourderie ou quelle erreur, Nicolas Sarkozy a-t-il autorisé la Cour des Comptes à contrôler les dépenses de la Présidence ? Il est vrai que l’augmentation considérable du budget élyséen et notamment de l’indemnité présidentielle avait fait tiquer. La promesse de transparence était un gage de vertu qui n’engageait que le futur. La Cour des Comptes a donc exercé son contrôle. Présenté le 16 juillet 2009, son rapport a été un éclair dans l’atonie estivale. L’hymne à la volonté présidentielle de transparence, « du jamais vu depuis 1791 » a été étouffé par le tohu-bohu provoqué par un volet des dépenses, un paragraphe anodin sur « le cas particulier des études » qui évoquait les relations très particulières entretenues par la présidence avec les sondeurs. Ainsi a commencé l’OpinionGate.

L’inventaire des entorses aux règles de comptabilité publique relève de l’ordinaire du genre : non respect de la règle de concurrence pour un contrat entre la présidence et un cabinet d’études privé dépassant le seuil fixé par le code des marchés publics ; non maîtrise par la présidence de l’engagement et du montant des commandes passées par ce cabinet à des instituts de sondage et enfin, interrogation sur l’utilité même de payer des sondages censés avoir été commandés par la presse qui les publiait. Chaque année, le contrôle de la Cour des Comptes sur les administrations publiques suscite quelques indignations - vite oubliées - sur l’irrationalité pour ne pas dire l’absurdité de décisions publiques et sur l’ampleur des gaspillages. Cette fois pourtant, les sommes dépensées suscitèrent moins d’attention que les relations dévoilées ou opaques et sur leurs implications politiques. Quel était ce cabinet d’études privé, nommé Publifact, qui bénéficiait des largesses de l’Elysée ? Ce mystère fut rapidement levé puisque la presse révéla que Publifact était dirigé par Patrick Buisson, homme d’influence issu de l’extrême droite et éminence grise de Nicolas Sarkozy. Les regards se portèrent donc du côté des relations entre l’Elysée et OpinionWay. Depuis plusieurs années, les soupçons de proximité du sondeur avec le pouvoir se nourrissaient de l’identité de ses dirigeants, de celle de ses clients (Le Figaro, LCI, UMP et, depuis peu de temps, TF1 pour les soirées électorales) et même des résultats de ses enquêtes en ligne.

Les comptes n’y sont pas

Magnanime, la Cour des Comptes a pris acte, à la fin de son paragraphe sur les études, de la promesse de la Présidence de corriger les anomalies. En attendant le prochain contrôle. Affaire close ? Le rapport déclencha un flot d’explications. De l’Elysée vint un piteux cafouillage : « On commande des sondages, si des journaux veulent acheter les mêmes, nous, on n’y peut rien ! » déclara Claude Guéant, le secrétaire général (Europe 1-Le Parisien, 19 juillet 2009). Offensif, le porte-parole de l’UMP accusa d’incompétence tout le monde. Même les sondeurs. Le syndicat professionnel diffusa en effet un communiqué le 20 juillet où il rappelait « l’impératif absolu » de transparence et « déplorait toute pratique pouvant prêter à confusion ». Quant au Figaro, la société des rédacteurs demandait à son directeur de « mettre immédiatement un terme à ce type de coproduction avec OpinionWay qui nuit gravement à la crédibilité des titres du groupe ». Il faut croire que les journalistes étaient bien mal informés sur leur journal puisque le directeur Etienne Mougeotte jura que tout était en règle et que Le Figaro payait bien les sondages publiés.

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