observatoire des sondages

Les sondeurs britanniques et la bataille d’Ecosse : de Waterloo à Sainte-Hélène ?

samedi 20 septembre 2014

Les sondeurs britanniques peuvent respirer voire, à l’image des Écossais hostiles à l’indépendance de l’Écosse, se réjouir de la victoire du non au référendum du 18 septembre.

Les derniers sondages annonçaient certes un score étriqué, mais en faveur du non à l’indépendance, entre 51-52% (contre 48-49% pour le oui). Le non a finalement recueilli 55% des suffrages. Un soulagement à la mesure de leur inquiétude au vu des déclarations d’un des principaux sondeurs du Royaume-Uni (ICM ), 48 heures avant le scrutin : "ce référendum pourrait être un “Waterloo” pour les sondages" (Martin Boon dirigeant d’ICM, Herald Scotland, mardi 16 septembre 2014.). Une crainte plus qu’une prophétie. Ils n’auront pourtant pas ménagé leurs efforts pour la faire advenir. Comme leurs homologues français, les sondeurs britanniques ont accumulé les contre-performances [1]. Ayant (un peu) plus de pudeur que les français répétant "les sondages ne sont pas une prédiction", les doxosophes britanniques étaient donc inquiets pour eux-mêmes et en définitive leur fond de commerce : les études marketing pour les entreprises. On sait que les enquêtes d’intention de vote sont le seul type d’études dont l’exactitude peut être évaluée par comparaison avec des événements qu’elles visent à prédire : le résultat des élections.

Principe de précaution, la rhétorique sur l’incertitude de l’issue du scrutin est apparue dès la remontée du oui face au non dans les sondages. Elle s’est "enrichie" des précautions d’usage à propos d’une sur-évaluation des Écossais favorables à l’indépendance, et inversement, d’une sous-évaluation de ceux y étant hostiles, réticents à révéler à un sondeur leur hostilité à l’indépendance jugée "anti-patriotique". Sans oublier les indécis évalués grossièrement entre 15 et 20% au gré des soi-disant flux et reflux de l’opinion. Face à de telles imperfections beaucoup et pas seulement les plus raisonnables, auraient renoncé. Mais la crainte, plus ou moins sincère d’un Waterloo, ne saurait stopper les sondeurs. S’ils ne peuvent prédire le vainqueur, la parade est toute trouvée : dire l’un et son contraire. Autrement dit annoncer simultanément mais dans deux journaux différents la victoire du non (The Gardian, 12 septembre 2014, 51% contre 49%) et la victoire du oui (The Telegraph, 13 septembre 2014, 54% pour le oui contre 46 pour le non). Une tactique à la mesure du désarroi ou de la vacuité de son auteur, ICM, qui n’a ému aucun commentateur. "L’honneur" était sauf. On ajoutera que le sondage du Gardian a été effectué par téléphone et celui du Telegraph en ligne. Les sondeurs français ont assuré avec le soutien du Cevipof de l’IEP de Paris que le mode d’administration n’avait aucune conséquence tangible sur les résultats. Mais c’était en France... Le oui ayant perdu le référendum écossais, les sondeurs pourront continuer comme si le non avait gagné. Waterloo, c’était juste pour donner un peu de sel.


[1Annonce erronée de la victoire de Neil Kinnock sur John Major en 1992, sous-évaluation massive lors du référendum de 1997 sur la création d’un parlement écossais, ou en 2011 des partisans du parti indépendantiste écossais.

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