1 - la représentativité de l’échantillon des sondages russes
Ces sondages se faisant par téléphone dans un pays aux écarts sociaux économiques énormes, les redressements paraissent spécialement difficile à faire. On ne sait pas précisément si les personnes appelées répondent ou refusent sans même décrocher. Il semble que le refus de répondre soit très commun comme en Europe de l’Ouest où il a conduit à recourir aux sondages en ligne. Selon les témoignages, il semble aussi que les jeunes russes emploient surtout les réseaux sociaux quand le téléphone est surtout utilisé par les personnes âgées.
2 - Liberté d’expression
La question est sans doute trop vite traitée dans les pays pluralistes où les sondés ne sont pas forcément sincères. Ne serait-ce que parce qu’ils ne le sont pas à eux-mêmes. Certes ils craignent moins une quelconque rétorsion qu’ils s’offusquent des empiètement sur ce qu’ils considèrent relever de leur sphère privée. Comme en Russie où des lois de répression récentes sanctionnent les propos, peut-on considérer que la liberté de parole est suffisante pour prendre en compte les résultats de sondages. La réponse est à peu près impossible mais le minimum méthodologique n’est manifestement pas satisfait. Il est des voisinages surprenants dans la presse dite libre, des informations faisant état d’arrestations pour des prises de position oppositionnelles et à côté des pourcentages fondés sur des déclarations de sondés. Vont-ils utiliser cet argument habituel des pays démocratiques pour défendre les sondages contre leurs critiques : « c’est une information comme une autre » ? Ou ce n’est qu’un sondage« ou encore c’est une photographie à un instant donné » pou encore, ce n’est qu’un sondage mais..." ?
3 - Libellé des questions
Les questions de sondages sont censées ne pas introduire de biais D’où l’attention à la neutralité des questions. Est-ce toujours possible ? La cote de confiance de Vladimir Poutine à plus de 80 % est citée comme une approbation large de l’invasion de l’Ukraine. Mais selon des règles strictes de questionnement, c’est la question qu’il aurait fallu poser. Mais quelle question ? Approuvez-vous l’invasion de l’Ukraine, Approuvez vous-la guerre en Ukraine ? Approuvez-vous l’opération spéciale en Ukraine ? Comme les sondés sentent bien que c’est là le nœud de la question, sa partie implicite, ils savent bien que la réponse peut comporter des vices et qu’il vaut mieux mentir. Après tout ce n’est pas si grave.
4 - S’agit-il d’opinion ?
L’approbation de Vladimir Poutine n’est pas une seule question d’opinion. Du moins pas partout pareil. Va-t-on demander à des Russes s’ils veulent gagner ou perdre la guerre ? Chacun sent bien qu’il a à perdre ou à gagner d’une défaite ou d’une victoire. Aussi bien les russes sondés n’ont pas le choix. Et qu’est ce qu’une opinion si on n’a pas le choix. Mourir ou vivre, s’enrichir ou s’appauvrir, ce ne sont pas des questions d’opinion. Il faut des intérêts professionnels et politiques solidement installés pour tout transformer en opinion publique. Si solidement installés que l’imposture ne se voit pus. Et qu’avec l’utilisation d’instruments inappropriés au nom d’une sacro-sainte observation, le seul emploi de sondages participe à la mécanique propagandiste. Sans que ses propagandistes le sachent.