observatoire des sondages

Equité n’est plus égalité

vendredi 9 mars 2012

Il est vrai qu’il n’existe plus beaucoup de latinistes pour rappeler que le terme d’équité vient de œquitas, autrement dit égalité. Les néolibéraux avaient déjà changé le sens du mot en substituant le mot d’équité à celui d’égalité par de spécieuses dissertations pour justifier les inégalités économiques et sociales. Ils ne disaient pas les inégalités sont justes, comme ils le pensaient mais, hypocritement, l’équité est juste mais pas l’égalité. Le critère restait d’ailleurs dans le flou complet mais nul n’était dupe, il s’agissait surtout de justifier les écarts montants de fortune, reconnaître les mérites des riches et constater les carences des pauvres.

La question des temps de parole ramène la question à l’actualité quand des médias audiovisuels les distribuent avant d’avoir à se plier de mauvais grâce aux règles légales pendant les 5 semaines qui précèdent le scrutin (cf. Egalité démocratique, inégalité médiatique). Qui seront les « élus » des médias, ceux qui ont accès à l’antenne, et les autres, les parias, interdits d’antenne ? A la réclamation de la candidate écologiste Eva Joly, la chaîne France 2 a opposé son refus de l’inviter sur le plateau de l’émission « Des paroles et des actes ».

On admirera la casuistique de son responsable et sa bonne conscience : « Je pense que nous respectons parfaitement non seulement la lettre mais aussi l’esprit des recommandations du CSA », a répondu Jérôme Cathala, directeur des magazines d’information de France Télévisions (AFP, 9 mars 2012). En se référant au principe d’équité. C’est une belle occasion d’examiner ce que l’on entend par ce mot détaché de son sens originel : « Pendant cette période, le CSA nous dit que nous devons juger de la représentativité nous-mêmes, en fonction de critères qui sont les résultats obtenus par le candidat du mouvement à l’élection précédente, le résultat des enquêtes d’opinion, et la dynamique de campagne [...] Sur ces trois critères, nous sommes parfaitement bien, en terme de temps de parole pour la candidate Eva Joly. On est même un peu au-dessus, soit autour de 4,5 à 4,6% à l’heure actuelle ».

L’équité est donc fixée par les sondages (les chiffres d’intentions de vote) et l’arbitraire des rédactions (la dynamique de campagne !). Le sondeur BVA ne rappelait-il pas que le choix d’une personnalité pour figurer dans les sondages d’intentions de vote était le fruit d’un commun accord entre sondeurs et patrons de presse, et établit en fonction du "caractère de sérieux", et de "la prévision que l’on peut faire que cette personne sera candidate ou pas". (cf. Sélection des candidats : un partenariat sondeurs-journalistes). BVA, qui a très à coeur de faire respecter l’équité entre candidats, en avait même appelé le 25 novembre 2011 au retrait de l’élection présidentielle d’Eva Joly (Cf. Nouveau coup de sonde contre la démocratie). Après une explication aussi imparable, on ne doute pas que la candidate écologiste soit convaincue.

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