observatoire des sondages

La déconfiture de Silvio Berlusconi : les sondeurs cherchent un bouc-émissaire

vendredi 29 juillet 2011

Lundi 18 juillet 2011 à 20h, sur la chaine italienne de télévision TG La7, l’entreprise de sondages EMG, particulièrement réputée pour son farouche soutien au parti de M. Silvio Berlusconi (PDL), quitte éventuellement à maquiller certaines estimations, a dû s’y résoudre : le principal parti d’opposition, le Parti Démocrate, dépassait historiquement le PDL dans les intentions de vote (28,4% contre 28,1%) [1].

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Depuis les résultats des élections municipales et des référendums italiens, en juin dernier, conscients de la grave crise gouvernementale, économique, que traverse leur pays, confronté à un taux de chômage dramatique, du sentiment diffus chez les plus jeunes (salariés ou diplômés) d‘être laissés à l’abandon, voire trahis, les sondeurs, jusque parmi les plus liés au président du Conseil ont relâché un peu leur soutien au Cavaliere, en pleine tourmente. Peut-être aussi parce M. Silvio Berlusconi a annoncé ne pas vouloir, pour l’instant, se représenter aux élections. Le sondeur Piepoli s.p.a, reconnaissait à son tour mi-juillet, avec une certaine amertume, l’avancée du Parti Démocrate sur le PDL (29,5% contre 29%) [2], suivie de près par ISPO, dirigé par le « professeur » Renato Mannheimer, acceptant ce changement de situation avec froideur et gravité, dans la rubrique sondages du Corriere della Sera (28,2% contre 27,1%) [3]. Même si les résultats demeurent très serrés, compte tenu bien évidemment des sommes d’argent en jeu pour ces experts néolibéraux de l’estimation politique, les sondeurs sont cependant confrontés à une impasse : ils ne peuvent plus masquer intégralement la réalité d’une aspiration à un changement politique en Italie. Ce qui mériterait d’être presque applaudi si ces mêmes entreprises ne se chargeaient, dans le même temps, de trouver un bouc-émissaire responsable de ce changement : les abstentionnistes.

C’est en substance l’« explication » fournie par M. Pietro Vento, autoproclamé « politologue et expert dans l’analyse de l’opinion publique » et directeur de l’entreprise de sondages Demopolis dans le commentaire de son baromètre de juillet 2011 : « Le camp de l’abstention, avoisinant les 24%, reste consistant et il est surtout dû au nombre d’indécis, qui, de Centre Droite ou de Centre Gauche, semblent aujourd’hui incertains sur leur choix de vote à accomplir si l’on revenait aux urnes de façon anticipée » [4]. Et l’expert de poursuivre en attribuant ce « phénomène » à la perte de près de « trois millions et demi » de partisans du PDL, momentanément « désorientés » et « désillusionnés ».

Plutôt que de se remettre en question, les entreprises de sondages décaféinent le changement politique qui voit progressivement le jour en Italie et préfèrent relativiser la démocratie et le mécontentement populaire. Mais à n’en pas douter, voilà encore une technique de sondeur.

Jérémy Mercier

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