observatoire des sondages

Le déclin progresse

mardi 4 mars 2014

Le baromètre du moral des Français (CSA-BFMTV, 4 février 2014) dans sa 15e édition vient de nous livrer une belle expression d’une ouvrière sondée : "Il suffit de regarder les actualités et de voir le déclin progresser de jour en jour  ». Cette réaction en forme d’oxymore n’illustre pourtant pas exactement le résultat du sondage selon lequel « après une forte baisse, le moral des Français se stabilise à un niveau très bas ». Un rapport de 29 % (d’optimistes) à 69 % (de pessimistes) donne une image dépressive du moral des Français. Pourtant, au regard de l’état de l’économie et du monde, cela fait peut-être encore beaucoup d’optimistes. Il est vrai qu’il est difficile de séparer optimisme pour soi et optimisme pour tous. D’ailleurs, si les jeunes (18-24 ans) sont les plus optimistes, c’est sans doute qu’ils peuvent difficilement se résigner à une vision négative de l’avenir collectif tant il leur reste encore d’années à parcourir. En somme, le sondage ne fait que confirmer nos calculs. Un sondage sur la pauvreté apporte une autre mesure totalement prévisible : « Les maires constatent une aggravation de la pauvreté dans leur commune » conclut le sondeur (TNS-Sofres effectué pour le secours catholique à l’occasion des élections municipales (3 mars 2014). Aurait-on imaginé l’inverse, on se serait inquiété pour leur lucidité alors que des mesures objectives par le seuil de pauvreté montre l’élévation du nombre de pauvres et que la pauvreté ne peut échapper à l’observation commune. Là encore, on sait qu’une bonne partie de la pauvreté est cachée. D’ailleurs, le commanditaire approuve : « Au Secours catholique, on sait qu’il y a une forte dégradation de la pauvreté ». Nous voila rassurés pour l’organisation caritative et pour les maires. Encore que l’on puisse s’interroger sur la minorité (un cinquième ne partageant pas le diagnostic).

La mesure n’apporte pas toujours des révélations contre-intuitives. Il est vrai qu’ici, elle ne fait qu’enregistrer des jugements en accord avec des réalités objectives et elles aussi mesurées. On aurait tort de rechercher la réalité de la pauvreté – ce que font des organismes statistiques comme l’Insee – auprès des opinions sur la pauvreté – ce que font les sondeurs. Quand les deux mesures coïncident, on peut se demander à quoi servent les seconds. Autrement dit est-il utile de savoir que les Français sont pessimistes alors qu’ils ont autant de raisons de l’être et si peu de ne pas l’être, de savoir que les maires voient la misère dans leur commune ? Peut-être s’agit-il de faire autre chose que de compter mais comprendre car derrière ces pourcentages les perceptions peuvent être différentes et complexes. La réaction choisie de l’ouvrière de CSA sur le pessimisme qui n’illustre pas le constat mesuré de stabilité laisse toutefois perplexe, et suggère d’autres réactions sous d’autres formes. Elle incite à s’intéresser aux gens au-delà d’un oui ou d’un non, bref comprendre. Mais cela ne fait pas un titre.

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