observatoire des sondages

Le « nouveau » Opinionway : « Sarkozy largement en tête… »...Naturellement !

dimanche 21 juin 2009

Le nouveau Opinionway-LeFigaro-LCI sur les intentions de vote vient d’être publié. « Sarkozy largement en tête au 1er tour dans l’hypothèse d’une présidentielle » titrait La dépêche de l’AFP (20 juin 2009). Ce n’est que l’un des sondages Opinionway qui vont se succéder à intervalle plus ou moins régulier et rapproché jusqu’à l’élection présidentielle de 2012. Avec toujours le même titre aussi car ce type de sondage, qui pose une question qui ne se pose pas, doit forcément donner ce résultat en faveur du président sortant. Le sondage sur les intentions de vote fonctionne comme un vote légitimiste. Par exemple, pour Valéry Giscard d’Estaing avant 1981 et Edouard Balladur avant 1995, en ont été les bénéficiaires provisoires. Plusieurs mois avant que les résultats soient tout différents, les intentions de vote s’étaient largement dégradées sous l’effet de la mobilisation électorale. Alors que les sondeurs opéraient avec des sondages téléphoniques, Opinionway consulte son panel d’internautes. La diminution du coût va donc permettre de multiplier ces sondages sur les intentions de vote pendant 3 ans. Il y a pourtant une solution moins coûteuse encore. Puisqu’on connaît la réponse, c’est de ne pas en faire.

On comprend immédiatement que ce n’est pas la même chose de répéter les mêmes résultats avec un sondage que de les répéter sans sondage. Comme la fiche technique du sondage, publiée quoique cela n’ait rien d’obligatoire, en fait foi. Elle précise notamment qu’il s’agit d’un sondage représentatif selon la méthode des quotas présentant une marge d’erreur de deux à trois points. Il convient de répéter que ce sondage n’a aucune de ces qualités : il n’est pas représentatif, pas effectué selon la méthode des quotas telle que la pratiquent les sondages par téléphone ou en face-à-face et que la notion de marge d’erreur n’a aucun sens selon la méthode des quotas. Il s’agit donc de « faire scientifique ». Aucun scientifique n’approuverait. Il n’empêche. Il est alors fâcheux que les journalistes répètent ces informations fausses. Ils font à cet égard de la désinformation. Par inculture scientifique ?

On ne peut réclamer un souci d’information juste des organes de presse qui sont liés au pouvoir politique. Il y a longtemps que leur seule clause déontologique est de servir ce pouvoir. Le sondage est donc élevé au rang d’instrument de propagande. On devine la réticence de ceux qui ont une vision très superficielle de la science où elle se confond avec des chiffres. Quant à ceux qui croient que ces sondages sont neutres parce qu’on est libre de les croire ou non, ils se trompent tout autant. Il ne faut pas considérer un sondage en lui-même pour comprendre le système de consentement que produit la répétition des sondages systématiquement orientés et des médias qui les diffusent. Systématiquement orientés ? Il n’est pas besoin de délictueux traficotages de chiffres pour donner les résultats qu’on veut. Il suffit de poser les questions dont on connaît la réponse. Les intentions de vote en dehors de toute situation concrète de consultation électorale sont un bon exemple mais les baromètres ne valent pas mieux. Il faut encore, avec le prétexte de donner une « information », répéter en boucle sur les médias. Pour cela, on peut évidemment compter sur les amis qui font partie de l’appareil de propagande : Le Figaro, Tf1 ; LCI, les médias de l’Elysée. Quant aux autres, le pouvoir de nomination des directeurs exerce vite ses effets sur le contenu de l’information.

Ce n’est évidemment pas un hasard si le portail Orange diffuse systématiquement les sondages Opinionway et publie une rubrique actualités qui n’est pas éloignée de ce que ferait une agence officielle dans un pays soviétique. Moins la sévérité. Le 20 juin 2009, à côté de la dépêche sur le sondage Opinionway concerné, le portail titrait sur la visite de Woody Allen à l’Elysée. Avec un compliment de Nicolas Sarkozy à la clef. Deux événements sans rapport ? Le cinéaste a pourtant élucidé un procédé majeur des sondages quand il a lancé cette boutade : « j’ai la réponse mais rappelez-moi quelle est la question ». Surtout, l’occupation de l’espace médiatique à coup de sondages, d’événements people, de gesticulations politiques assorties de sondages (A quand le sondage sur le port de la burqa ? Nous en connaissons déjà les pourcentages avec une marge d’erreur de 2 à 3 points …) de discours sur tous les sujets, démultipliés par les médias, avec complaisance et de plus en plus par obéissance, dicte l’avenir. En somme, prive d’avenir.

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