observatoire des sondages

Plaidoyer pro domo de l’Ifop

lundi 6 septembre 2010

Pris à parti pour un push poll pour le Figaro (5 août 2010), et donc l’Elysée, sur les questions de sécurité, l’Ifop a publié sur son site une défense des sondages en ligne. Le sondage concerné avait été critiqué à ce titre mais surtout comme push poll. Il est vrai que les sondages en ligne se prêtent aussi et peut-être mieux que les autres à ces manipulations par lesquelles on parvient à faire dire ce que l’on veut aux sondés.

Encore une fois, un sondeur fait semblant de ne pas comprendre et déplace le débat sur des aspects « méthodologiques », comme l’écrit improprement le directeur d’études qui a pris la plume. Nous ne ferons pas semblant de croire que la défense du commerce doive être réfutée scientifiquement mais il faut malgré tout signaler les tromperies d’une justification marchande tant, en la matière, l’aveuglement et la confusion règnent.

- Première ficelle : choisir l’adversaire. Selon notre directeur d’études, un titre aussi ronflant qu’institut de sondage pour faire croire à une scientificité, la contestation de la fiabilité viendrait « par une conjonction d’intérêts parfois contradictoires, des journalistes, des personnalités politiques et des citoyens ». Les intérêts trompent, c’est bien connu, et les sondeurs n’en ont pas. La critique ne vient pas de scientifiques puisqu’ils ne sauraient critiquer les sondages.

- Deuxième ficelle : la représentativité des échantillons de sondés en ligne serait établie car les populations d’internautes ressemblent de plus en plus à la population globale. La critique des sondages en ligne s’effondrerait comme elle l’a fait à propos du téléphone. Cette critique très positiviste n’a jamais été importante pour les critiques des sondages en ligne au contraire du caractère spontané des échantillons, ensuite redressés selon la méthode des quotas. Suffit-il que l’Ifop ait un ordinateur puissant pour que la méthode soit inchangée ? A l’évidence non, mais nul n’est plus aveugle que celui qui ne veut pas voir.

- Troisième ficelle : les résultats comparés seraient très proches est-il avancé sur plusieurs cas. Il n’est pas besoin d’être un grand épistémologue pour savoir que les exemples ne prouvent jamais rien. Il suffit de bien les choisir.

- Quatrième ficelle : ignorer les critiques. L’une d’entre elle n’est même pas évoquée. Nulle part, la rémunération des sondés n’est abordée. Seulement la relation de confiance entre sondeurs et sondés. On croit rêver mais non c’est la même confiance qu’évoquent les marchands d’automobiles à l’égard de leurs clients. Et d’autres. Simplement, ils ne trafiquent pas de l’opinion qui est censée peser sur les choix politiques et qui sont publiés pour cela. Opinion achetée ; opinion vendue.

Lire aussi

  • Emmanuel Macron au doigt mouillé ?

    14 avril 2017

    On le sait les résultats des sondages d’intention de vote sont les seuls à faire l’objet d’un redressement, autrement dit les résultats publiés ne sont pas ceux récoltés par les sondeurs, ils sont (...)

  • Opinion publique 2.0 : la nouvelle imposture

    2 avril 2017

    Si le marché de la prédiction électorale est jusqu’à présent le quasi monopole des entreprises de sondages, sauf quelques initiatives inspirées par l’économétrie, leurs échecs sur les derniers scrutins en (...)

  • Tous fans de foot ?

    12 mars 2017

    Histoire de ne pas s’habituer à ces titres mensongers car sauf à croire que tous les Français sont fans de foot, de 7 à plus de 77 ans, que tous aient un avis sur cette question dont on ne déniera pas (...)