observatoire des sondages

Qu’est-ce qui cloche ? Une « une » du Figaro

lundi 1er juin 2009

Le Figaro consacre sa « une » du 30 mai 2009 à un sondage européen réalisé par OpinionWay : « Sondage : une majorité d’Européens ont une bonne opinion de Sarkozy ». Qu’est-ce qui cloche ?

On ne s’attend pas à ce que le Figaro ait des scrupules déontologiques dans l’utilisation des résultats d’un sondage. Celui-ci doit servir sa cause. Qu’il soit plus ou moins rigoureux ou qu’il soit totalement truqué (cf. Comment Opinion Way truque un sondage) n’importe pas. Dans la division du travail politique des gens au pouvoir, la presse commande des sondages favorables à Nicolas Sarkozy et à l’UMP à une entreprise d’autant plus obéissante qu’elle est financée par la presse gouvernementale. Le Figaro de Serge Dassault publie et commente. Rien que de très banal. Les commentaires sont-ils tellement partiaux et arbitraires qu’ils sont ridicules ? Chacun est libre de ne pas les lire ou les croire. Rien que de très commun dans les mœurs politiques d’hier et d’aujourd’hui.

Il n’est pas si facile de relever l’évidence qu’un titre impose. Certes, on relève que passer d’un échantillon de 4040 internautes de quatre pays à une majorité d’Européens représente un écart que pas un sociologue ou un statisticien n’entérinerait. Si on prenait les chiffres au sérieux, on constaterait que ce sont 51 % des internautes d’Allemagne, de Grande Bretagne, d’Espagne et d’Italie qui ont une opinion très bonne ou assez bonne. Le moins qu’on puisse dire est que cette majorité est courte si courte, et tombe juste. Certes, il suffit encore d’ouvrir le journal pour s’apercevoir que le résultat le plus flatteur obtenu auprès des 4040 internautes a été mis en scène pour Nicolas Sarkozy, qui n’arrive pas en tête des chefs d’exécutifs européens. Les résultats du sondage ne sont finalement pas flatteurs pour Nicolas Sarkozy. Tout cela n’est finalement qu’accessoire et ne dissipe pas une perplexité.

L’énigme persiste comme une énigme à la façon de la lettre volée d’Edgar Allan Poe. La solution est si évidente qu’on ne la voit pas. Or, le premier mot de la « une » du Figaro est bien la clef de l’énigme. « Sondage ». Non point, « une majorité d’Européens… », ni même « selon un sondage », mais « sondage ». Est-ce un titre alors que la presse publie tant de sondages sur tous les sujets ? Ce mot posé comme le vrai sujet de la « une » impose son autorité. Les autres arguments d’autorité ne viennent qu’après : « la majorité », les « Européens » ou « Nicolas Sarkozy ». Et, pour le Figaro, titrer « sondage » annonce une bonne nouvelle à ses lecteurs. Cela est vrai dans tous les sens du terme : ils ont les sondages pour eux.

Les usages manipulatoires des sondages ont été souvent été dénoncés. Ils ont été aussi précisément démontés. Fallait-il espérer moins de facilité à opérer les manipulations les plus grossières et naïves ? Cet espoir s’avère vain. Au contraire, ces usages se généralisent. Plutôt que d’y voir une banale accumulation de faits sans rapport, ils font système.

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