observatoire des sondages

Quand des étudiants d’HEC font un sondage : la vision révisionniste du 11 septembre 2001

mardi 27 septembre 2011

Tout le monde peut faire des sondages. Ou appeler « sondage » n’importe quelle opération de consultation du public. Un « sondage » sur les attentats du 11 septembre 2001, publié début septembre 2011 par l’association Reopen911 sur son site internet, ne fait que le rappeler et, oblige peut-être à réfléchir sur cette « liberté ».

Le sondeur est inhabituel puisqu’il s’agit de HEC junior conseil, association des étudiants de la grande école de commerce et le commanditaire une organisation soutenant la thèse du complot selon laquelle les autorités américaines seraient impliquées dans les attentats. Sans beaucoup d’écho sinon dans le Nouvel Observateur du 10 septembre 2011 (cf. 11-Septembre : non, 58% des Français ne croient pas à la théorie du complot).

Les fautes méthodologiques seraient étonnantes si elles ne révélaient les intentions manipulatoires : échantillon de 500 sondés et surtout cumul des effets de suggestion et de halo comme le montrent la succession des questions :

1.« Diriez-vous que le 11-Septembre est toujours un sujet d’actualité ? »

2. « Pensez-vous que le gouvernement Bush a dit tout ce qu’il savait concernant les attentats du 11-Septembre ? »

3. « Que pensez-vous de la version officielle des attentats du 11-Septembre ? »

4.« Combien de tours se sont effondrées à New-York le 11 septembre 2001 ? »

5. « Durant les dernières années, diriez-vous que les médias ont plutôt : »

6. « Que pensez-vous de cette hypothèse : Les autorités américaines auraient été informées à l’avance des attentats et les auraient laissé se produire. »

7. « Que pensez-vous de cette hypothèse : Une partie des autorités américaines serait impliquée dans la réalisation de ces attentats. »

8. « Seriez-vous favorable à un débat public approfondi sur ces événements ? Une enquête indépendante pour en savoir plus sur ces événements ? »

Evidemment, insinuer que le gouvernement cachait une partie de la vérité c’est déjà y répondre. Les réponses sont ensuite orientées par les questions de manière répétitive.

Peut-être y a-t-il encore plus grave : la vérité est-elle une affaire d’opinion ? A force de poser des questions qui le supposent, les sondeurs imposent ce régime d’opinion où tout est légitime puisque une opinion en vaut une autre. Pourquoi pas des « sondages » sur les génocides, les chambres à gaz, l’inégalité raciale, sur les caractères nationaux, sur les étrangers, les homosexuels, etc. où il est facile avec un peu de métier de faire dire ce qu’on veut ou presque. Les principaux sondeurs se vantent d’être à l’abri - ce n’est pas si sûr - mais ils ne sont pas les seuls. Et ils ne veulent aucune régulation. Pour eux et donc pour les autres aussi.

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