observatoire des sondages

Quand un sondeur ne sonde plus d’autres cloches sonnent

jeudi 13 octobre 2011

Pathologie désormais reconnue, l’addiction des journalistes aux produits sondagiers a pris avec la primaire socialiste une tournure singulière : lorsqu’un sondeur se montre critique à l’égard de ses confrères, ce sont les journalistes qui volent au secours des sondeurs attaqués.

« Primaire PS : sondages bidons ? » (Le Grand Débat, I>télé, 3 octobre 2011)

- Victor Robert (I>télé) : Ces sondages vous les trouvez bidons puisque vous avez décidé de ne pas en faire.

- Edouard Lecerf (TNS Sofres) : Non ce n’est pas vrai, je ne les trouve pas complètement bidons, je trouve qu’ils ne sont pas faits de la meilleure façon possible. Il y a une manière de les faire mieux, on n’a pas trouvé les moyens méthodolico-budgétaires pour les faire, mais forcément, « bidon », est un terme un tout petit peu exagéré [...]

  • On ne se critique pas entre sondeurs...enfin pas publiquement. Ailleurs (sur Twitter) on peut.
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[...]On a estimé que les conditions pour réaliser un sondage sur la primaire socialiste nécessitaient une ampleur, des moyens qui n’étaient pas réunis. Aujourd’hui lorsque l’on voit des sondages donner des estimations du nombre de personnes qui iront voter, on a une oscillation extrêmement forte.

- Victor Robert (I>télé) : On n’est pas là pour balancer sur vos confrères sondeurs mais comment un sondage peut-il être aussi fiable sur un électorat aussi flou ?

  • Bonne question évidemment, mais le sondeur est coupé par Joseph Macé-Scaron avant d’avoir pu répondre.

- Joseph Macé-Scaron (Marianne, Magazine Littéraire) : C’est quoi la marge d’erreur ?

  • Sorte de « loi du débat médiatique » un interlocuteur doit vite « placer » une question, et tant pis si cette question prouve qu’il n’a rien compris. Cela fait « chic » de parler technique. Incontinence journalistique qui amène à plagier.

- Edouard Lecerf : La marge d’erreur dépend de la population et de la taille de l’échantillon. Nous [TNS Sofres] on considère qu’il aurait fallu interroger 10 000 personnes...

- Joseph Macé-Scaron : là je vous arrête, certains instituts disent la marge d’erreur est de 5%, alors que normalement elle est de 1%...

Joseph Macé-Scaron n’a décidément rien compris et s’enferre

[...]

- Joseph Macé-Scaron : il y a une chose que l’on ne comprend pas. Ce sont quand même les sympathisants de gauche qui vont se rendre dimanche prochain...

- Edouard Lecerf : Pas tous les sympathisants de gauche...

- Joseph Macé-Scaron : mais en gros quand même...

- Edouard Lecerf : Non non ! Pas en gros, ça serait beaucoup trop simple. Il y aura des sympathisants de gauche en majorité parmi ceux qui iront voter, mais lorsque vous posez la question à un échantillon de 1000 Français de savoir combien sont proches de la gauche vous en avez à peu près 20-25%. Ils n’iront pas tous voté....

  • Le sondeur est coupé cette fois par Yves Thréard du Figaro, qui n’avait encore rien dit.

- Yves Thréard (Le Figaro) : il y a une chose que je ne comprend pas. Je regarde les sondages, je ne les ai peut-être pas tous vus comme un professionnel des sondages peut le faire, mais j’ai l’impression qu’ils donnent tous à peu près les mêmes résultats.

- Edouard Lecerf : vous avez raison.

- Yves Thréard : alors je comprends que sur un plan purement professionnel, scientifique, vous n’ayez pas envie de vous aventurer dans des choses qui ne sied pas à votre déontologie. Mais si on regarde bien même avec des petits quotas, finalement on arrive toujours...

- Edouard Lecerf : Pas des petits quotas ! On risque d’avoir dimanche quelque chose qui pourrait ressembler aux sondages plus ou moins bien faits. La motivation aura toujours été singulièrement la même à savoir : « je vais aller voter pour celui ou celle qui semble avoir le plus de chance de battre Nicolas Sarkozy ». Pour revenir sur votre premier propos, ce n’est pas parce que cela se passerait comme l’annonçait les sondages, pas forcément bien faits, que nous considérons nous [TNS Sofres] qu’ils fallait les faire de cette manière là. C’est effectivement notre déontologie.

- Joseph Macé-Scaron : Quand les sondages sont bien faits, ce n’est pas pour ça qu’ils ont été bien faits ?! Voilà, je résume.

  • Joseph Macé-Scaron sait ce qu’est un sondage bien fait ? Il était donc bien sûr vain de l’imaginer, ou Yves Thréard, s’interroger plus généralement sur son caractère prescriptif et performatif.

- Edouard Lecerf : Non ça ne veut pas dire ça. Si demain vous me dites il va faire beau et qu’il fait beau, ce n’est pas pour autant que vous serez le meilleur météorologue de France.

  • Pour la classe bavarde voilà une « subtilité » qui dépasse l’entendement.

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