observatoire des sondages

Sondages en vrac

jeudi 27 juin 2013

Les sondages lasseraient-ils ? Chaque semaine amène invariablement son lot de chiffres sur les sujets ressassés : les Français et la politique à l’heure de la mondialisation [1], les Français et La Poste [2], les Français et le nucléaire [3], les Français et l’éventualité du FN au pouvoir [4], les Français et la réforme du Bac [5], les Français et l’évolution du Bac [6], la capacité perçue de Manuel Valls à occuper la fonction de Premier ministre [7], les Français et les retraites [8], les Français et Johnny Halliday [9], etc.

Qui en a entendu parler ? Il semble bien qu’en dehors des campagnes électorales, ils ne génèrent plus que l’ennui. Du coup, nos commentaires deviennent moins utiles. Tout le monde "s’en f…". On se demande alors ce qu’en attendent les commanditaires. On a suivi le feuilleton de l’impopularité du couple exécutif depuis l’élection présidentielle. Après une descente aux enfers de l’impopularité, une « embellie », et puis à nouveau la chute. Il semble qu’un commentaire puisse en être fait. Dans les temps difficiles, où l’impuissance politique est patente, comment pourrait-on attendre une confiance envers les gouvernants ? Mais peut-on le répéter à chaque fois ? Bref, les sondages opèrent aujourd’hui comme des confirmations. On peut estimer utile que l’évidence en soit attestée par des chiffres et non par des manifestations, que l’on ne puisse guère contester l’état d’humeur et non ergoter. De toute façon, aucun conclusion pratique n’en sera tirée sinon quelques initiatives un peu dérisoires de politique spectacle. Il semble donc que tout le monde en ait pris son parti, des politiques distants et des citoyens indifférents.

Un sondage comparatif a semblé pourtant démentir la banalité de cette situation. La sixième vague de l’European Social Survey a confirmé le pessimisme tenace des Français (Le Monde, 22 juin 2013). Que faut-il retenir de ce type de questions quand on sait qu’elles exagèrent fortement les réponses optimistes ? Les gens se disent heureux parce qu’il serait tellement triste de dire l’inverse. Sauf les Français qui se démarqueraient des autres peuples, même en guerre, pour voir l’avenir en noir. Et de s’interroger sur cette spécificité française. Ils bénéficient de conditions d’existence très favorables, bien plus assurément que les peuples en guerre ou touchés de plein fouet par les baisses de revenus drastiques, et ils ont peur. Faux paradoxe car il faut avoir quelque chose pour craindre de le perdre. De ce point de vue, ce serait dans les pires situations que l’on serait le plus optimiste, quand il faudrait forcément l’être pour survivre ? En Syrie par exemple. Et puis, quitte à s’interroger sur une spécificité française, peut-être le pessimisme n’introduit pas la bonne question puisque ces baromètres exagèrent le bonheur et l’optimisme. Ne serait-ce plus le cas pour les sondés français qui manifesteraient ainsi un changement d’attitude à l’égard… des sondages. Prendraient-ils moins la pause ? On peut se demander en effet quelles sont les raisons d’optimisme des autres peuples. Même l’optimisme des peuples qui prospèrent, même inégalement, semble myope. Les Allemands sont prospères, même inégalement, mais il faut qu’ils ne regardent pas très loin pour avoir confiance en l’avenir. Les conflits militaires qui s’accumulent, la pollution qui abîme la planète, la crise qui persiste, l’impuissance politique et toutes les autres maux d’aujourd’hui et de demain font du pessimisme français une marque de réalisme. Cette solution n’a évidemment pas été envisagée mais plutôt la responsabilité de l’école française, l’histoire d’une nation en déclin, l’Etat providence, etc. autant d’hypothèses rituellement envisagées. On n’a jamais eu autant de chiffres sur nous-mêmes et il ne semble pas que nous en apprenions plus. Ce ne sont que des données pour conjectures.


[1OpinionWay-Youth Diplomacy, 27 juin 2013.

[2TNS-Sofres-La Poste, 24 juin 2013.

[3Ifop-Ouest France, 23 juin 2013.

[4CSA-BFM TV, 20 juin 2013.

[5Ifop-Sud-ouest, 16 juin 2013.

[6Lh2-Nouvel Observateur, 16 juin 2013.

[7Ifop-Sud-Ouest, 9 juin 2013.

[8Ifop-Ouest France, 9 juin 2013.

[9BVA-Le Parisien, 3 juin 2013.

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