observatoire des sondages

Un sondage Viavoice apporterait une surprise si l’on en croit Libération : « Un grand nombre de Français souhaite le retour de Dominique Strauss Kahn » (Libération, 2 juillet 2015). D’autres ont préféré retenir que le retraité de la politique serait même préféré au Président en fonction. Il est vrai avec les suffrages des sondés de droite. Autrement dit un résultat sans rapport avec une quelconque réalité. D’ailleurs l’intéressé exclut tout retour.

On le sait, un sondage peut faire répondre n’importe quoi : le retour d’un mort par exemple. Un ministre s’en est même gaussé, Michel Sapin qui évoquait l’abbé Pierre. Les sondages fantaisistes affichent des réponses sans consistance de sondés qui répondent parce qu’ils s’en fichent, qu’il faut bien donner l’impression de savoir, qu’ils tentent leur chance pour obtenir la récompense que leur promet le sondeur, voire qu’ils s’amusent tout simplement à lancer une réponse ironique provocatrice, etc. Il est de nouvelles raisons de penser que cette opinion fantaisiste est stimulée par les transformations de l’économie de l’opinion. A la multiplication des objets du questionnement s’ajoute la confusion des moyens de questionnement. Ainsi quelle différence font beaucoup de gens entre sondages et votes de paille, les premiers fondés sur des échantillons représentatifs, les seconds sur des échantillons spontanés ? Nous savons qu’il faut toujours revenir devant des auditoires sur les mêmes explications. Et lorsque les méthodes se rapprochent puisque les sondages en ligne sont fort proches des votes de paille administrés par la presse, comment n’engeraient-ils pas dans leurs réponses les mêmes perceptions du questionnement ? La banalité de l’opinion qu’on sollicite sur tout et n’importe quoi encourage l’inconsistance des réponses sinon les provocations les moqueries, etc. Du moins certains sondés s’en vantent-ils. La sphère publique se rapproche ainsi imperceptiblement d’une espace de jeu où l’on pousse des opinions, sincères ou non, erratiques ou fermes, en passant. Après tout, quand le sondeur explique pourquoi il a introduit Dominique Strauss – « on a décidé de le tester pour voir » - n’est-il pas lui-même dans cet univers ludique ?

La réception des sondages confirme le fait alors que l’on constate de plus en plus que le résultat publié intéresse à peine, en tout cas pas plus d’un jour. Le crédit des chiffres des sondages subit une lente et sûre érosion. Ils ne sont pas pris plus au sérieux par la presse que les votes de paille dont elle abuse qui ne sont eux-mêmes pas pris plus au sérieux que les jeux qu’elle organise surtout pendant les mois de vacances. Une bonne nouvelle ? Cela n’empêchera pas l’intérêt de renaître à l’approche des consultations électorales puisque l’aire de pertinence sociale des sondages se réduit de plus en plus aux fonctions de prédiction et donc de sélection des candidats. Malgré les fiascos répétés et les répétitions comme la victoire anticipée du FN dès qu’une élection se profile (aujourd’hui les élections régionales). Entre-temps, les sondages sur l’actualité sont distillés comme pour tuer le temps ou occuper le terrain.

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