observatoire des sondages

Dry January : l’ivresse sondagière des addictologues

mardi 11 février 2020

La campagne française du « dry january », opération marketing prônant l’abstinence en matière de consommation d’alcool pendant le mois suivant le réveillon du nouvel an a cessé, comme son nom le laissait supposer, fin janvier. Initiée par des médecins addictologues et une trentaine d’associations engagés dans des actions de lobbying mêlant prévention, prohibition et hygiénisme, c’est à les en croire un « succès », attesté entre autres par les résultats d’un sondage YouGov [1] : « Cette première édition est un succès » [2]. S’abstenir de boire empêche-t-il de (bien) lire ?

Si l’on peut présupposer que ces addictologues ne consomment pas ou peu d’alcool, il y a lieu toutefois de s’interroger sur ce qu’ils boivent à la place ou fument pour établir un tel diagnostic, sauf bien sûr lecture « frauduleuse » délibérée des résultats, repris par la presse et notamment l’un des sites français sur les questions de santé les plus consultés par les internautes : doctissimo.fr [3].

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Inutile de s’attarder sur la méthodologie, biaisée, rappelons-le, du sondage Yougov (sondage omnibus [4] par internet et rémunéré), les réponses des sondés suffisent amplement à le disqualifier. Il faut juste faire « l’effort » d’aller sur le site du sondeur et de savoir... lire.

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- 68% des sondés (et non des Français) pensent que le Dry January est une « bonne chose ».

- 76% des sondés ne voient pas l’intérêt / ou n’ont pas envie (ce qui n’est pas la même chose... mais passons).

Une « bonne chose » peut-elle être sans intérêt ? On le sait depuis longtemps - Yougov en apporte une fois encore la confirmation - tant qu’on les paye même peu (la plupart du temps en points cumulables pour bon d’achats) les sondés ne se préoccupent guère de cohérence et sont prêts à répondre n’importe quoi. La presse a tout avalé sans rien dire... ou presque. Quant aux médecins addictologues, on ne saurait que trop leur conseiller de consommer les sondages avec modération.


[1Cf. Huffington post (version française), 29 janvier 2020.

[2Cf. Pr Michel Reynaud, président du Fonds Actions Addictions DNA, 1 février 2020.

[3Si l’on en croit les affirmations du site lui même basées sur un sondage Harris Interactive (10 juillet 2019) ou celle plus rigoureuses de l’ACPM (l’Alliance pour les Chiffres de la Presse et des Médias), décembre 2019.

[4Regroupe des questions destinées à divers commanditaires, permet une mutualisation des coûts et même, éventuellement, d’offrir un résultat à une presse désargentée.

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