observatoire des sondages

Quand les sondeurs réfléchissent : défense de rire

dimanche 15 août 2010

Les sondeurs ont-ils été sensibles aux critiques qui ont été adressées à l’un des leurs, en l’occurrence l’Ifop, suite à la publication de son sondage plébiscitant les propositions de Nicolas Sarkozy en matière de lutte contre l’insécurité ? Si l’on se réfère aux déclarations du directeur du département Politique-opinion de CSA on pourrait le penser. Commentant les résultats de son propre sondage publié par l’hebdomadaire Marianne du 14 août 2010, il explique doctement à une journaliste de l’AFP (AFP 13 aout 2010) mobilisée pour l’occasion : « On a passé beaucoup de temps à réfléchir à la formulation des questions pour éviter que la réponse ne soit dans la question ».

La lecture du sondage indique toutefois que le temps imparti à la réflexion n’a semble-t-il pas été suffisant ou que la réflexion n’a pas été suffisamment intense. Une des questions du sondage porte sur la déchéance de la nationalité française en cas de crimes graves ou de meurtres de membres de forces de l’ordre par des Français d’origine étrangère : les réponses proposées aux sondés ne sont pas absolument pas symétriques, les arguments en faveur ou en défaveur n’étant aucunement similaires ou comparables. L’approbation de la déchéance de la nationalité est justifiée uniquement par un "raisonnement" tautologique selon lequel l’attribution de la nationalité doit être remise cause en cas d’acte de grave sans plus de précision, alors que la désapprobation de cette déchéance est justifiée par un argument juridique et moral à savoir les Français doivent être égaux devant la loi quelle que soit leur origine. Il n’est pas absurde de penser qu’une partie des sondés était avant tout plus soucieuse de signifier expressément leur attachement à l’un des trois mots constituant la devise de la République française, l’égalité, qu’à un renforcement de la répression pénale frappant uniquement une certaine catégorie de délinquants et criminels, les Français d’origine étrangère. (51%) (contre 46%).

On ne saurait trop recommander aux marchands de sondage d’utiliser leur compétence à ce qu’ils savent faire le mieux et qui se prête parfaitement à leur déontologie, et qui leur rapporte rappelons le beaucoup plus d’argent que les sondages d’opinion publique : demander aux Français s’ils préfèrent le savon enrichi à l’huile d’olive ou au lait d’amande douce. Mais ces marchands et leurs clients accepteront-ils de renoncer aux tribunes et espaces publicitaires en
tout genre, que leur offrent complaisamment nombre de médias ? Une
fois encore la réponse est dans la question.

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