observatoire des sondages

Retraite et sondage propagandiste : la « bonne cause » comme prétexte

samedi 7 janvier 2023

Si l le commerce fait rarement bon ménage avec la science, la politique, non plus. Et quand la politique et le commerce font affaire ensemble c’est rarement pour le mieux, scientifiquement parlant sans être exclusif. Comme en atteste la récente collaboration sur l’âge de départ à la retraite de l’Ifop et de l’hebdomadaire militant, classé à gauche, Politis (n° 1739, 4 janvier 2023).

Le sondeur a-il offert son « enquête », comme il est d’usage avec la presse en échange de la publicité gratuite découlant immanquablement de sa publication dans les colonnes d’un journal ? (Agrémentée ici d’un « supplément promotionnel », une interview du directeur général de l’Ifop en personne). Nous l’ignorons. Si Politis a payé, gageons que la somme demandée par le sondeur est à l’image de l’épaisseur de son enquête : misérable. Trois questions forment le cœur du sondage. Sur un thème aussi sensible et complexe cela relève presque de l’abus de confiance. Surtout si l’on ajoute à cela que la première question est irrémédiablement biaisée. Une question à laquelle semblait tenir Politis.

- Vous personnellement, seriez-vous favorable ou pas favorable à la mise en place d’une réforme des retraites qui ramènerait l’âge légal de départ à 60 ans ?

Formulée ainsi une large majorité de réponses favorables (68%) étaient acquises d’emblée. Qu’une majorité des personnes interrogées soient favorables à la réduction de leur obligation de travailler pour vivre et se nourrir (pour certain(e)s d’essayer tant bien que mal), à l’allègement de leur peine qu’elle qu’en soit la nature et la degré, ne saurait surprendre sérieusement personne. Dans le même ordre d’idée, qui accepte de gaité de cœur de payer des impôts, a fortiori qu’ils augmentent ?

La réponse est donc dans la question, malhonnête à souhait. Le biais est pourtant évident ou presque. Le procédé est vieux comme les sondages, et semble être toujours apprécié malgré sa grossièreté. Qu’un organe militant ne le voit pas ou s’en moque pour les besoins de sa « bonne cause » ne serait certes guère surprenant. Le sondeur lui ne pouvait ne pas savoir, il n’a manifestement rien fait, soit pour l’en informer, soit pour l’en dissuader. Mais il est vrai qu’il s’agit de l’Ifop dont la réputation de fabriquant de Push Poll dans la profession et dans les milieux académiques n’est plus à faire.

La troisième question ne vaut guère mieux :

- Les principaux syndicats salariés et organisations étudiantes appellent à des manifestations et des grèves en janvier contre la réforme des retraites prévoyant un âge de départ à 65 ans. Vous personnellement, quelle est votre attitude face à ce mouvement ?

Si elle récolte 58% d’opinions favorables (soutien/sympathie) demander à des sondés s’ils soutiennent ou éprouvent de la sympathie pour un « mouvement » qui n’a pas encore pris la moindre forme laisse toujours rêveur. Quant à la parole des sondés, soutien, sympathie, hostilité et indifférence, alors que n’a rien n’a réellement commencé... Des promesses en somme qui n’engagent que ceux qui y croient ou les écoutent. Au mieux des personnes peu avisées.

Si les inquiétudes pour ne pas dire les soupçons concernant la réforme des retraites que prépare le gouvernement sont fondés et légitimes, il est toujours aussi navrant de les voir réduites à l’état gargouillis doxosophiques, sans substance, telle la bonne monnaie chassée par la mauvaise.

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