observatoire des sondages

35e sondage sur les primaires socialistes : la supercherie continue

jeudi 22 septembre 2011

Le trente cinquième sondage sur les primaires socialistes vient d’être publié. Aussi aberrant que les précédents (cf.Sondages sur les primaires socialistes : le chaos). Et aussi peu innocent. Il ne faut donc jamais cesser de critiquer.

1 - Le sondage CSA-BFMTV-RMC-20Minutes (22 septembre 2011), a été effectué sur un échantillon « utile » de 835 personnes. 14 % déclarent qu’ils iront certainement voter à la primaire et 14 % probablement.

  • Première observation : cette proportion nous donnerait plus de 12 millions d’électeurs. Cette énorme surestimation est due au légitimisme et à la bonne volonté des sondés qui répondent aux enquêteurs (par téléphone) de manière conformiste : c’est forcément bien de voter. D’ailleurs, ils appartiennent à cette petite minorité qui répond encore aux sondages.
  • Deuxième observation : 14 % d’électeurs certains, ce n’est pas certain. En effet la proposition offerte aux sondés est : « j’irai certainement voter ». Il n’est pas besoin d’être un linguiste distingué ou d’être inspiré par Raymond Devos pour savoir que certainement n’est pas certain dans le langage courant. Fera-t-il beau demain ? Certainement. Mais ce n’est pas certain.

L’incompétence professionnelle a fait de grands progrès dans le petit commerce du sondage.

2 - Les sondeurs notent pour nuancer le résultat que 44 % des personnes exprimant leur intention de voter déclarent savoir quelles sont les conditions à remplir. Prudence du sondeur : cela contribue à relativiser la portée d’un chiffre comme anticipation de la participation réelle.

  • Troisième observation : Ce résultat est totalement surestimé. Si 44 % déclarent savoir, combien savent ? Imagine-t-on un examinateur au baccalauréat se contenter d’un « je sais » à sa question au candidat ? En personnage de fakir extralucide, Pierre Dac le répondait à son complice Francis Blanche dans un gag fameux, « je peux le dire ». « Ils peuvent le dire » nous assure CSA. Le métier de sondeur évolue vers de bien étranges sphères.

3 - Parmi les candidats socialistes, l’avantage de François Hollande est confirmé avec 34% devant Martine Aubry (27%) et Ségolène Royal (19%) sur la base des personnes allant certainement ou probablement voter aux primaires. L’avantage se confirme aussi avec respectivement 47%, 31%, 9% sur la base des sympathisants socialistes.

  • Quatrième observation : la question posée ne porte pas sur une intention de vote (pour qui allez-vous voter ?) mais sur la préférence (quelle est la personnalité que vous préfèreriez voir investie par le PS ?). Autrement dit, un certain nombre de réponses vont forcément vers le favori selon une logique cumulative du serpent qui se mord la queue : autant faire de probabilité vertu et trouver très bien ce qui a le plus de chances de se produire. Mais alors pourquoi faire comme s’il s’agissait d’intentions de vote ?
  • Cinquième observation : les sondés qui déclarent des préférences sont des sympathisants de gauche ou des sympathisants socialistes. Combien sont-ils ? Nous ne le savons pas. Aucun effectif absolu bien sûr. Même pas un pourcentage. CSA publie donc des pourcentages sur de l’inconnu. Tentons une évaluation à partir des sondages antécédents qui ne cachaient pas la proportion. En moyenne, elle tourne autour de 50/50 étant donné que les proportions peuvent aller de 60/40 à 40/60. Inquiétant en soi. Cette moyenne est donc très approximative mais ce n’est pas notre faute. Quand la question des préférences est posée aux sympathisants de gauche et du PS, cela signifie qu’elles ont été calculées sur 28 % de 835 sondés soit 233 sondés. Quand elles sont calculées sur les seuls sympathisants socialistes, en principe les seuls qui devraient aller voter, les préférences sont effectuées sur un effectif de 116 sondés. Aucun statisticien n’oserait faire un calcul sur ces bases.

Pour continuer sur le registre de l’absurde ou de la malhonnêteté, cela signifie que sur 835 sondés, ont obtenu la préférence pour « voir devenir président de la République », car telle était la question :

François Hollande 54 sondés
Martine Aubry 35 sondés
Ségolène Royal 10 sondés
Manuel Walls 5 sondés
Arnaud Montebourg 4 sondés
Jean Michel Baylet 1 sondé

Faut-il continuer ? A un tel niveau de supercherie, on se demande s’il s’agit d’incompétence ou de tromperie. Il faut des deux.

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