observatoire des sondages

Ânerie de politologue

mercredi 25 novembre 2009

Roland Cayrol a la reconnaissance du ventre. Il continue de servir la cause des sondages qui ont fait sa fortune depuis la vente de CSA au groupe Bolloré. Quitte à proférer une ânerie dont il est coutumier comme membre éminent de la classe bavarde. Invité privilégié de l’émission C dans l’air sur France 5, il a lancé : "je ne me souviens pas d’un tel trouble au sein d’un groupe parlementaire majoritaire, bien sûr on est plus au temps des godillots... Si les députés le font c’est parce que leurs électeurs le leur disent. Ils sont un peu comme les sondeurs qui vont rencontrer les vrais gens qui leur disent mais ça va pas" (9 novembre 2009, "Sarko au milieu du gué").

Roland Cayrol redécouvre un ressort du régime représentatif puisque, depuis deux siècles, il est au fondement même du mandat représentatif que de s’enquérir auprès des représentés de leurs doléances, de leurs mécontentements, de leurs inquiétudes et de leurs espoirs. Pour connaître leurs opinions, si l’on veut, les représentants n’ont pas attendu les sondeurs venus beaucoup plus tard. Il est donc cocasse de suggérer qu’ils les suivent. Les sondeurs ? Des pionniers de la démocratie en somme, imités par les élus du suffrage universel. Roland Cayrol rabâche la vieille antienne des sondages comme moyen de la démocratie. Tant pis si le poncif relève du degré zéro de la pensée, sa force est d’être répétée. Il ne manque pas de messieurs Prudhomme pour le faire.

Il existe cependant une autre raison de se moquer. Les sondeurs présents sur les marchés ? On rencontre parfois des enquêteurs qui posent leurs questions de marketing aux consommateurs, travail alimentaire et peu noble effectué par des travailleurs précaires. Quant aux sondages d’opinion publique, quelle est cette fable ? Les enquêteurs sont aussi des travailleurs précaires et non « politologues » qui disent l’opinion sur les médias, et si des enquêteurs rencontrent des sondés ils le font à domicile en face à face. Exceptionnellement car c’est de plus en plus difficile et souvent trop cher. Plus souvent, il les contactent par téléphone, et ils ont bien du mal à trouver des sondés complaisants, qu’ils « expédient » d’ailleurs le plus vite possible. Aussi de plus en plus, les sondés sont contactés par internet, lieu par excellence des chaudes rencontres. Sondeur ? Un beau métier.

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