observatoire des sondages

Bruits de guerre

jeudi 12 décembre 2013

S’il n’est pas de sujet plus grave que la guerre, on devrait s’étonner qu’elle soit une question de sondage. Faut-il intervenir militairement hier en Syrie ou au Mali, aujourd’hui en République centrafricaine ? Question posée à l’improviste, au débotté, au pied levé... à des sondés. Non seulement, ils ont un avis sur la mort des autres mais ils sont généralement très ignorants de la guerre, de la situation politique et du pays dont on parle. Pourtant ils sont si peu à ne pas avoir d’opinion.

Exemples : A la question « Êtes-vous tout à fait favorable, plutôt favorable, plutôt pas favorable ou pas du tout favorable à cet engagement militaire de la France en République Centrafricaine ? » seul 1% des sondés interrogés par l’Ifop restent sans réponse (Ifop-Atlantico, 7 décembre 2013) [1]. On retrouve le même nombre de sans réponse (1%) dans le sondage OpinionWay-Clai-Metronews-LCI publié le 9 décembre 2013 [2].

Cela pourrait être pire si les sondages ne marquaient toujours une hostilité aux interventions militaires. Il ne manquerait plus que de découvrir une opinion va-t-en guerre. A propos de la Syrie, certains avaient même mis en cause un esprit de Munich, archétype de la faiblesse devant l’oppression des autres. Il est vrai que la condition même des sondés interrogés chez eux, souvent par internet, les incline peut-être aux réactions égoïstes conforme à leur isolement physique. Il est vrai aussi que la question de la guerre est biaisée par nature quand les raisons sont si diverses.

Se prononce-t-on :

- pour la guerre dans un pays ?

- contre la guerre dans un pays ?

- contre la guerre en général ?

Il est difficile d’être pour la guerre en général. Trois possibilités et non quatre qui expliqueraient systémiquement que les avis défavorables l’emportent toujours. Les gouvernants ne s’en préoccupent guère car ils considèrent que l’opinion importe seulement lorsque la guerre dure. A quoi sert-il donc de faire des sondages sans importance pratique, et qui donnent une si mauvaise image de la futilité de l’opinion ainsi enregistrée ?


[1Question en prélude : Vous savez que la République Centrafricaine est en proie à la guerre civile. Plusieurs centaines de soldats français ont été déployés en plus des 600 déjà présents pour mettre fin aux violences dans ce pays. 51% des sondés sont favorables à une intervention.

[2Réalisé avant le début de l’opération militaire. La question posée évoque, quant à elle, l’hypothèse d’une intervention française sous mandat onusien. 64% des sondés d’OpinionWay y sont opposés.

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