Des patrons contre l’Etat

samedi 5 juillet 2014

Chômage de masse, déficits et dettes publics, croissance faible, investissements déficients, etc., les principales organisations patronales françaises ont ciblé depuis longtemps (depuis toujours ?) leur problème : l’Etat français, et prôné leur solution : le réduire. La tenue les 7 et 8 juillet prochains de la conférence sociale qui doit en principe réunir syndicats de patrons et de salariés sous l’égide gouvernementale est l’occasion d’entonner de nouveau le refrain de la réduction de la dette publique par la réduction des têtes publiques (Le Monde, 29 juin 2014). Avec toutefois une nouvelle strophe : la restriction de l’activité parlementaire et l’appel à l’adoption d’un moratoire sur tout texte instaurant des contrôles sur les entreprises qui bénéficieraient des baisses de cotisations dans le cadre du pacte de responsabilité. En somme leur faire « juste » confiance devrait suffire. De l’humour patronal sans doute.

Quelques jours avant cette injonction à l’adresse de François Hollande et Manuel Valls, un sondage OpinionWay avait donné le ton (24 juin 2014). Les sondés sollicités s’y déclarent favorables à la réduction du statut de fonctionnaire aux missions de l’Etat réduit à sa dimension strictement policière et judiciaire...et un peu sanitaire (sans plus de précision). Exit donc l’Education. L’enseignant, figure idéal-typique du fonctionnaire d’Etat remplit toujours son rôle de bouc émissaire responsable en toute circonstance...de tout. Mais proposition sans surprise au vu des affinités électives bien connues d’OpinionWay et du commanditaire du sondage, une petite association de défense de l’idéologie patronale proche du Medef : Ethic (un autre trait d’humour ?). Une manière « patronale » de s’intéresser à l’éducation des jeunes ? A moins qu’il ne s’agisse d’exorciser singulièrement une paranoïa de certains dirigeants politiques ou d’entreprises : « la pieuvre marxiste ».

- « Nos universités sont des foyers de marxisme », (François Fillon, ancien Premier ministre, The telegraph, 18 juin 2014).

- « Près de la moitié des professeurs de sciences économiques et sociales adhèrent aux thèses marxistes éculées du syndicat trotskiste Apses » (Charles Beigbeder, ex-dirigeant de Croissance-plus, ex-secrétaire national de l’UMP, Atlantico, 30 mars 2013).

- « Ma plus jeune fille vient de passer son bac. Son sujet de sciences économiques et sociales était : ’Vous montrerez de quelle manière les conflits sociaux peuvent être facteurs de cohésion sociale’…Comme si, dans notre pays, la cohésion devait nécessairement passer par le conflit contre l’entrepreneur ! » (Pierre Gattaz, président du Medef, 3 juillet 2013, Palais des Congrès, in Le Monde, 9 juillet 2013).

Que la majorité des sondés (non représentative, il s’agit d’un sondage par internet et rémunéré) qui n’est pas fonctionnaire soit favorable à une mesure restrictive qui ne la concerne pas n’est guère étonnant. Le reste du questionnaire est (presque) de la même veine. Après les « profs », les salariés du public (sans précision). Avec toutefois une « petite » subtilité afin de ménager les susceptibilités de ces derniers, beaucoup plus nombreux il est vrai que les seuls salariés de l’Education nationale. Les sondés se déclarent favorables à un alignement des avantages des salariés du public et du privé, le sondeur se gardant bien d’affirmer explicitement que les premiers sont les mieux traités. Présenté ainsi difficile de ne pas obtenir une majorité massive d’avis favorables à une égalité de traitement (63%).

Viennent ensuite les associations et leurs financements. Une majorité de sondés se prononce pour une limitation importante des subventions publiques (là encore, sans précision). Difficile d’imaginer que la majorité des sondés dispose des compétences et des connaissances suffisantes du monde archipélique des associations françaises pour se prononcer raisonnablement. Associations dont la plupart existent d’ailleurs sans aucune subvention publique. Mais en proposant comme alternative générale au financement public le don privé déductible des impôts sur le revenu ou locaux le sondeur pouvait escompter sans peine remporter une majorité d’avis favorables (65%). Quand il s’agit de payer moins d’impôts que n’est-on pas prêt sinon à faire du moins à dire ?

C’est sans doute pour faire bonne figure que les subventions aux entreprises sont également visées par le sondeur. Les sondés se prononcent majoritairement (75%) pour une baisse à hauteur de 20 milliards d’euros en contrepartie d’une réduction de leurs charges. D’où sort ce chiffre de 20 milliards et pourquoi le montant de la réduction des charges n’est quant à lui pas indiqué ? Mystère.

Toutes ces manipulations ordinaires ne sauraient pour autant gâcher la surprise et le plaisir du Point qui titrait à propos de ce sondage : « Scoop ! Les Français sont favorables aux réformes... » (24 juin 2014). Le magazine serait donc favorable à la suppression de l’aide de 4, 5 millions d’euros qu’il reçoit annuellement de l’Etat au titre des aides à la presse ? Un autre trait d’humour ?

SPIP | Mentions Légales | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | Logo : Paul Conte | © Observatoire des sondages 2014.