observatoire des sondages

Identité nationale : bourrage des urnes sur internet

vendredi 5 février 2010

Les forums participatifs et sondages en lignes ont souvent été présentés comme les enfants de la modernité technologique et de la démocratie. L’Observatoire des sondages a déjà testé la rigueur méthodologique des sites internet qui se targuent d’e-démocratie (cf. Petit exercice de falsification). Cette fois, le site officiel du "ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire" dédié au débat sur l’identité nationale a été l’objet de notre vérification de l’efficacité des précautions pour éviter le bourrage des urnes , c’est-à-dire les réponses et contributions multiples d’un même citoyen internaute.

Dans un questionnaire comme dans une nasse

Le site propose un sondage en ligne effectué par TNS Sofrès dont le questionnaire est biaisé. Une réponse négative à la première question - existe-t-il à vos yeux une identité nationale ? - ne clôt pas en effet le déroulement complet du questionnaire composé de 25 questions. Si l’internaute est appelé par la question 2 à justifier sa réponse négative ou positive, l’enchaînement des questions le conduit néanmoins à recroiser l’identité nationale à la question 10 sans lui offrir explicitement la possibilité d’une réponse négative ou d’une non réponse.

Question 10 : diriez-vous que l’identité nationale est quelque chose :

- qui reste stable et qui évolue peu avec le temps

- qui évolue dans le temps : l’identité nationale française ne sera pas au 21e siècle ce qu’elle était au 20e ou au 19e siècle (choisissez une seule réponse).

Une non réponse n’interrompt pas le déroulement du questionnaire sur lequel il est impossible de revenir quand il est rempli en totalité. Résultat assuré : l’identité nationale existe.

Dans un deuxième type de participation, l’internaute est invité à publier ses réflexions sur un thème parmi plusieurs après inscription sur le site en choisissant un pseudonyme, une adresse mail valide et un mot de passe. Cette contribution est aussi unique que le serait un bulletin de vote. Est-ce si sûr ?

Nouvel exercice de falsification

L’opération de falsification est d’une grande simplicité. La protection visant à empêcher les multiples réponses au sondage TNS Sofrès est dérisoire : il suffit de fermer, de nettoyer (suppression des cookies, du cache, de l’historique de navigation, etc) et enfin de réinitialiser les navigateurs pour pouvoir à nouveau répondre. Quant à la limitation de la contribution unique assurée par l’inscription, nul besoin de perdre de précieuses minutes à créer des webmail yahoo ou google, il suffit d’avoir recours aux services de sites d’adresses électroniques anonymes, sans inscriptions, sans mots de passe et temporaires, type yopmail.net, pour disposer en quelques minutes de dizaines d’adresses électroniques et collaborer au débat sans limite. Pour les internautes les plus prudents, toutes ces opérations peuvent être effectuées dans un cybercafé. Comme nous l’avons fait. Une contribution originale aux savantes « analyses lexicales et qualitatives des contributions » au débat sur l’identité nationale, aux résultats du questionnaire en ligne de TNS Sofrès, en apportant une fois de plus une belle illustration de l’équation fondatrice de l’e-démocratie : un internaute = plusieurs voix.

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