observatoire des sondages

La Marseillaise et les maitres chanteurs : trois sondages

lundi 2 novembre 2009

Ce n’est pas un hasard si trois sondages sur l’identité nationale sont publiés en même temps (CSA-Le Parisien, Ifop-Ouest France et BVA-Canal Plus). Et ce n’est pas à l’honneur des sondeurs, des journalistes et des sondés de se prêter à ce type de manipulation. S’il existait un hit parade de la question biaisée où « la réponse est dans la question », le sondage CSA-Le Parisien arriverait en tête (cf. Le Parisien-Dimanche, 1 novembre 2009). Il associe sans complexe, un jugement sur l’idée d’un débat et le jugement sur l’"identité nationale". En confondant les deux, on est à peu près certain d’obtenir une confortable majorité. Quant aux critères soumis aux sondés qui mêlent Marseillaise, langue française, république, services publics, drapeau tricolore, laïcité et accueil d’immigré, les résultats sont aussi acquis d’avance. Qui pourrait être contre la langue française (98% des répondants la considèrent comme importante) ? Quant à la Marseillaise (77%) ou à l’accueil d’immigrés (73%) cela n’engage pas à grand chose. Comment appeler alors le titre du Parisien "les Français plébiscitent le drapeau et la Marseillaise" ?.

L’enquête Ifop publiée par Ouest-France-Dimanche (31 octobre 2009) relève à peine moins de l’imposture. 77% des personnes qui ont répondu se déclarent favorables à l’apprentissage de l’hymne national à l’école. On apprécie l’humour d’une réponse des parents qui engagent leurs enfants quand on sait que beaucoup de ces mêmes parents ne connaissent pas la Marseillaise au delà de « Allons enfants de la patrie le jour de gloire est arrivé ». Quant à la question « êtes-vous fier d’être français », en somme d’être soi, associée à la Marseillaise, elle ne grandit pas leurs auteurs.

Reste le sondage BVA-Canal Plus (cf. 29 octobre 2009), toujours fidèle à son panel-type composé pour partie de mineurs (15 ans et plus), il appartient aussi au registre des questions truquées. Les sondés n’ont pas été interrogés sur leur accord ou désaccord avec l’initiative d’Eric Besson mais s’ils l’estimaient importante ou non. On ne peut mieux faire dans l’« art » d’empêcher toute éventualité de réponse et d’interprétation négatives. Le sondage apporte néanmoins une tonalité discordante Si 54% des répondants jugent l’initiative d’Eric Besson importante, 64 % l’estiment motivée par des arrière-pensées électorales, et seuls 23% sont favorables à l’obligation pour les jeunes Français de chanter l’hymne national au moins une fois par an.

Cette manipulation d’ensemble permet d’assurer que "le peuple français s’est déjà saisi du débat et qu’il aura lieu" (cf. Lemonde.fr 1 novembre 2009). Depuis la publication du rapport de la Cour des Comptes du 16 juillet 2009, on sait que les fiches techniques publiées par la presse, sur les sites des instituts de sondage, et les revendications des journaux, comme celles du Parisien ou Ouest-France, qui parlent de « notre sondage », sont souvent mensongères. On est donc obligé de poser la question : qui a payé ces sondages ?

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