observatoire des sondages

Sondages : l’incohérence présidentielle

dimanche 22 février 2015

On savait cette propension des dirigeants politiques à croire les bons résultats de sondages et à rejeter les mauvais. A condition toutefois que ces résultats ne coïncident pas en faisant apparaître trop manifestement la contradiction. Cela n’a pas semblé embarrasser François Hollande. Evoquant la loi Macron, il a fait valoir que face au Parlement, l’opinion publique - celle des sondages - était favorable [1] : « Il faut entendre ce que demandent les Français. Qu’est-ce qu’ils demandent ? Que le pays change, que le pays réussisse [...] Il y a un moment où si les parlementaires ne font pas ce que veut le pays, il y a une forme de défiance qui s’installe » (AFP, 21 février 2015) [2].

Il devrait alors faire plus de cas de ses records d’impopularité [3]. Les sondages oui mais seulement quand ils sont bons. La parole politique n’en sera pas réévaluée.


[1Cf. Odoxa-LTI Consulting-Les Echos-Radio Classique (25 janvier 2015) et Ifop-Fiducial-Paris Match-Sud radio (27 janvier 2015) respectivement 61 et 62% des sondés sont favorables aux dispositions les plus connues (« petite » nuance) de la loi Macron : l’élargissement du droit d’ouverture des commerces le dimanche, le développement de l’offre des autocars et la réforme des professions réglementées.

[2La crédulité journalistique aux sondages est telle que l’annonce par l’AFP de la publication mardi 17 février d’un sondage favorable à la loi Macron (Ifop-Paris Match) a été reprise par une majorité de la presse (AFP, 21 février 2015). Or à cette date aucun sondage concernant ce projet de loi n’a été publié. Vérification faite le sondage Ifop-Paris Match en question existe bien mais il a été publié trois semaines auparavant (cf. note 1)...de quoi ajouter à la confusion.

[3Cf. Ifop-JDD-Hémisphère Public (22 février 2015) et BVA-Orange-I>télé, (14 février 2015) respectivement 24% et 30% de « bonne opinion », soit respectivement -5 et -4 points par rapport à janvier 2015. Par ailleurs, Odoxa annonçait le 20 février que 63% de ses sondés désapprouvaient le recours à l’article 49-3 « pour faire passer la loi ».

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