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« Larmes, sang, sueur » : les vœux des sondeurs pour les Italiens

vendredi 30 décembre 2011

« Nous sommes prêts à mener des actions courageuses » ont affirmé le Président du Conseil italien, Mario Monti, et son ministre de l’Économie, le banquier Corrado Passera. Alors qu’a débutée, ce mercredi 28 décembre, la phase 2 du plan Monti pour « Sauver l’Italie » (privatisation et libéralisation des carburants, du gaz, des taxis, des services postaux, des transports, des pharmacies et des services publics locaux), les nouveaux techniciens de la politique italienne, jamais élus, s’attèlent à détricoter avec une froide méthode néolibérale, les derniers services publics italiens de proximité. Tout, en effet, sera prochainement ouvert à la concurrence des marchés. Seul problème : le peuple italien, premier concerné par ces mesures, n’a jamais eu à donner son avis, ni non plus, bien évidemment, été amené à voter une telle destruction sociale du pays, organisée par le nouveau gouvernement. Mais c’était sans compter sur la classe dirigeante italienne : commander des sondages permettrait de remplacer les citoyens.

Ainsi, traditionnellement aux ordres de Silvio Berlusconi, les sondeurs ont dû laisser, certes momentanément, l’ancien Président du Conseil (qui assure préparer son retour en politique dès 2013, après le départ programmé de Monti) en créant un climat de consensus généralisé, voire d’enthousiasme, autour de la purge de l’économie italienne et de ses services sociaux. Le 22 décembre, l’entreprise de sondage d’Alessandra Ghisleri, Euromedia Research, publia par exemple un sondage assez confus, non sans rappeler les habitudes françaises en la matière [1], concluant à partir d’un échantillon de 3318 personnes contactées, dont 2118 n’ont pas répondu ou pas souhaité répondre, à une confiance de 46,3% des Italiens en la personne de Monti et à 46,1% de confiance en son gouvernement. Le résultat de ce sondage téléphonique est complété - esprit scientifique s’il en est - par une comparaison commentée avec un sondage de novembre dernier, réalisé par la même entreprise (« le 18 novembre, la confiance des Italiens en la personne de Monti était de 66,8% » ; « le 18 novembre, la confiance des Italiens dans le Gouvernement Monti était de 64,1% » [2]). De même ce 22 décembre, l’entreprise Demopolis dévoilait, pour l’émission « Otto e mezzo » de LA 7, un sondage réalisé entre le 13 et le 15 décembre sur un échantillon de 3856 Italiens, auquel seulement 1000 Italiens ont répondu. Elle informait les téléspectateurs que, à cette date, à la question « Quelle confiance avez-vous dans Mario Monti ? », 54% des Italiens étaient très confiants. Encore, le 19 décembre sur la chaîne LA7, l’entreprise IPR Marketing, également très en vogue pour discipliner les citoyens, informait, à partir de 968 sondés sur un échantillon de 1000, que la confiance dans le chef du Gouvernement Monti (« Il trend della fiducia a Monti ») s’élevait, le 15 décembre, à 54%, contre 62% quatorze jours plus tôt [3] :

Enfin, là encore, la société Piepoli, du nom de son patron « politiste » autoproclamé, Nicola Piepoli, préconisait directement, le 6 décembre, à la vue des sondages, d’enclencher le plus dur des réformes car « malgré le poids de cette manœuvre, les Italiens continueront à avoir confiance en Mario Monti (…) considéré comme un « sauveur » pour lequel on est prêt à accepter des larmes, du sang et de la sueur » [4].

A présent que commence la phase 2 du plan de « redressement économique » de l’Italie, les sondeurs prépareront-ils lentement le retour en politique de Berlusconi ? Ou bien, tous leurs mensonges seront-ils enfin contestés par les Italiens qui n’accepteront plus les sacrifices et la manipulation ?

Jérémy Mercier

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