observatoire des sondages

Le « grand pardon » de CSA

samedi 22 décembre 2012

La visite officielle de François Hollande en Algérie n’a pas échappé à la curiosité des sondeurs. CSA a réalisé une "enquête" les "Français et la réconciliation franco-algérienne", (BFM TV, 19 décembre 2012), un sujet dont nul n’ignore rien.

Il s’agit évidemment d’une question unique en ligne à choix binaire : oui ou non. Simple ? pas si sûr.

- Question : Pensez-vous que le Président de la République française devrait présenter à l’Algérie les excuses de la France au sujet de son action durant la période coloniale ?

Qu’entendait le sondeur par "action de la France" qui justifierait des excuses ? Sachant que la conquête de l’Algérie a commencé en 1830, cette action est fort concentrée. Autant dire "la colonisation". Mais alors, les excuses doivent dépasser l’Algérie. A moins que ne soit visée que la guerre d’Algérie (1954-1962). A moins que ne soient visés que certains actes du colonisateur comme les massacres de Sétif (1945) ou d’autres massacres. Chacun en décidera selon ses envies, ses connaissances et surtout ses ignorances. Et l’on appréciera donc les résultats suivants :

- Oui tout à fait (13%)
- Oui mais à condition que l’Algérie présente des excuses au sujet des pieds noirs et des harkis (26%).
- Non en aucun cas (35%)
- Sans Opinion (26%)

On est rassuré, le nombre des sans opinion est anormalement élevé. On l’est moins quand 26 % souhaitent une symétrie des excuses impossibles.

Le sondeur et son commanditaire (BFM TV), n’ont pas jugé utile de s’enquérir des raisons du choix des sondés. On peut supposer que les trois types de réponses proposées agrègent des “opinions” qui sont différentes voire antinomiques. Et c’est sur ce point que réside le principal coup de force.

Parmi les 35% de sondés opposés aux excuses, on peut trouver des sondés allergiques à toute forme de repentance, et ne nourrissant, pour certains d’entre eux, aucune hostilité à la colonisation, voire favorables (les "aspects positifs" de la colonisation), mais aussi des sondés hostiles par principe à la colonisation estimant cependant absurdes de telles excuses qui ouvriraient la voie à un processus infini d’excuses. Même problème pour les sondés favorables aux excuses. Serait-il si aberrant de trouver parmi eux des sondés prédisposés culturellement et socialement à la contrition, "aux côtés" de sondés hostiles aux excuses, sauf dans le cas présent, pour des raisons d’opportunité politique. On l’aura compris le regroupement par défaut qu’opère le sondeur vide de toute signification son sondage.

Avec 804 personnes "interrogées", dont 209 sans opinion, 77 favorables à des excuses, 155 favorables si l’Algérie s’excuse elle aussi et 208 y sont opposées, le Nouvel Observateur titre : "la France partagée sur le pardon aux Algériens" (Le nouvel Observateur, 19 décembre 2012).

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