observatoire des sondages

Les idées du FN : quelles idées ?

mercredi 2 mai 2012

TNS Sofres vient de s’offrir un coup de pub dorénavant classique après Harris Interactive en mars 2011 et son sondage plaçant Marine Le Pen en tête du premier tour de l’élection présidentielle [1]. Comme le loup garou faisant frissonner les enfants dans leur lit, le FN exciterait les citoyens, de contentement ou de peur. Cela semble devenu un truc de sondeur. Pour avoir écrit à plusieurs reprises que la crise économique radicalisait les Français, à droite surtout, sur d’autres bases que les chiffres des sondages, il faut bien dire que le manque de méthode de ceux-ci n’en fait pas un instrument sérieux pour les scientifiques. Le sondage de TNS Sofres en est une nouvelle illustration (Cf. La Matinale, Canal Plus, 2 mai 2012). Effectué en face-à-face et non par internet (bravo !), il minimise peut-être ce qu’il est censé révéler : la montée des idées du FN, car là pas de redressement possible comme dans les intentions de vote. Mais il ne s’agit pas ici de discuter la valeur directe des chiffres mais de la fiabilité de la méthode. Pas tout à fait la même chose, car il ne sert à rien de discuter les chiffres si la méthode est déficiente. A la limite, on peut même imaginer avoir de bons chiffres avec une mauvaise méthode.

L’interrogation sondagière confine parfois à l’aporie. On connaît ce syllogisme de Epiménide le crétois où celui-ci affirme que les Crétois sont des menteurs, or Démocrite est Crétois... Interroger les Français sur les abus des Français a quelque chose de cocasse. Qui s’en aperçoit en découvrant dans le sondage concerné que 71 % des Français considèrent que trop de gens profitent du système sans essayer de s’en sortir par eux-mêmes. Plus il y a de Français qui partagent ce point de vue et moins de gens abuseraient du système sauf à se dénoncer soi-même. Quant aux indices repérés de la montée des idées du FN, encore faudrait-il analyser correctement les réponses. Comme ces 52 % de sondés considérant qu’il y a trop d’immigrés. Répondent-ils à une question sur le nombre d’immigrés ou à une question sur la position du FN ? Car ils ne peuvent ignorer que le FN défend cette idée… avec d’autres. Raisonnons à l’inverse, il y a peut-être beaucoup plus de sondés pensant qu’il y a trop d’immigrés : ceux qui le disent expressément et ceux qui le nient parce qu’ils refusent le FN mais, peut-être, sont d’accord dans un pays où le chômage monte. Autre exemple, les 41 % de sondés qui affirment qu’on ne se sent plus chez soi en France le disent-ils parce que tel est leur sentiment ou parce qu’ils manifestent une adhésion au FN ?

Les sondés sont bien interrogés sur une idée du FN parce que c’est le seul parti à la soutenir : le retour au Franc. Et là, ils sont 20% à être favorables à cette mesure. Il serait temps que les sondeurs renoncent à ce postulat antiscientifique selon lequel les gens disent ce qu’ils pensent quand on le leur demande et pour les raisons qu’on leur prête. Il y a d’excellents jeunes sociologues qui attendent une place dans le monde du travail. Sondeurs recrutez-les.

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