observatoire des sondages

Les sondeurs dans le maelström

vendredi 18 mars 2011

Où en est la réforme sur les sondages ? L’unanimité du Sénat lors du vote de la proposition de loi a surpris :

- le travail de la mission parlementaire des sénateurs Hugues Portelli et Jean-Pierre Sueur avait forcément été effectué dans une certaine discrétion, même s’il avait donné lieu à l’audition de dizaines de spécialistes. Aucune commission ne travaille sous les feux de l’actualité médiatique.

- l’unanimité sénatoriale n’est pas la norme. Elle s’expliquait par le « ras-le-bol » de parlementaires qui ne sont certes pas aux premières loges d’un scrutin direct, mais sont néanmoins des élus qui prenaient ombrage de l’inflation des sondages.

- l’opposition catégorique du ministre chargé des relations avec le Parlement, Patrick Ollier, brutale et méprisante, invitait les sénateurs, travaillant depuis plus d’an, à travailler encore la question. La faiblesse intellectuelle de ce refus avait trahi en outre son origine : l’Elysée.

Le silence des sondeurs apparut alors assourdissant. Nul n’ignorait qu’ils se reposaient sur le veto présidentiel, forts de leurs relations de connivence avec le pouvoir qui les financent grassement (Elysée, SIG, ministères, etc.). Ils comptaient sur l’efficacité absolue du refus présidentiel : la réforme ne viendrait jamais à l’ordre du jour de l’Assemblée Nationale. Nul ne pouvait en même temps ignorer combien la proposition de loi les dérangeait : certaines dispositions étant tout bonnement inacceptables. Les sénateurs les ménagèrent en les recevant, ils n’en restaient pas moins sidérés. La réforme pris un nouveau tour quand il apparut que le veto présidentiel risquait d’échouer. Tout d’abord, le groupe socialiste à l’Assemblée Nationale annonça son intention d’obtenir son inscription à l’ordre du jour par la présidence de la commission des lois, détenue par le socialiste Jérôme Cahuzac. A la suite, le groupe parlementaire du nouveau centre présidé par François Sauvadet soutint ce projet. Du coup le groupe UMP n’eut plus, par la voix de son président Christian Jacob, qu’à se ranger en demandant, le premier, l’inscription à l’ordre du jour.

Les sondeurs ne pouvaient plus se taire. Ce fut un concert d’indignations. L’accumulation des objections était éloquente. Rien n’était possible puisque que, tels des docteurs Pangloss, il ne pouvait en être autrement dans le meilleur des mondes possibles.

On apprit donc que les gens étaient incapables de comprendre les redressements, qu’il fallait gratifier les internautes pour qu’ils soient sincères, etc. Le moins que l’on puisse dire est que la menace n’aura rendu les sondeurs ni originaux, ni intelligents. On frémit même en réfléchissant à leur importance dans le débat politique, et puisque les sondages politiques comme ils le soulignent régulièrement ne constituent au mieux que 5% de leurs chiffres d’affaires : Mesdames et Messieurs les sondeurs occupez-vous de cosmétiques.

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