observatoire des sondages

Propagande matinale sur France Inter

vendredi 4 septembre 2009

La propagande officielle n’aurait plus la lourdeur des régimes soviétiques. Le progrès n’est pourtant pas si manifeste quand il suffit d’un journaliste servile, d’un professeur à Sciences Po et de sondages. Tout cela fut réuni une nouvelle fois sur France Inter le matin du 2 septembre 2009. Quelques extraits… dont le commentaire est presque inutile quand on est bien réveillé.

  • Nicolas Demorand : Un mot Pascal Perrineau sur l’opinion, un mot de contexte élargi, le monde et donc la France traversent une crise économique sans précédent qui ne semble pas nuire pour l’instant à la droite française comment l’expliquez vous ?

Le journaliste questionne et la réponse est dans la question… D’ailleurs, le professeur confirme le journaliste par les sondages.

  • Pascal Perrineau : Alors en effet contrairement à ce qui se passe dans beaucoup pays européens, la droite au pouvoir ne semble pas souffrir quand on prend des indicateurs d’opinion classiques, par exemple la cote de confiance Sofrès qui vient de sortir pour le mois de septembre, hé bien en un an de crise il n’y a aucune érosion du capital de confiance vis à vis du président de la République et vis à vis du premier ministre, c’est donc une situation…

Relance du journaliste : puisque la chose vient d’être confirmée, comment faut-il l’interpréter ? Suspens…

  • Nicolas Demorand : mystérieuse ou pas ?
  • Pascal Perrineau : c’est une situation assez étonnante, alors comme toujours la force d’un camp s’explique aussi par la faiblesse de l’autre il est vrai que le désarroi de la gauche, la difficulté du parti socialiste à se remettre en ordre de bataille aide l’exécutif mais il y a aussi la stratégie politique, la stratégie de communication menée par l’équipe au pouvoir qui est certainement pour quelque chose dans cette relative lune de miel entre l’opinion, parce qu’il ne faut pas oublier tout de même que le premier ministre et le président de la République ont des cotes de confiance qui restent négatives mais c’est nettement moins pire qu’ailleurs.

De lapalissade en lapalissade, on s’émerveillera devant la profondeur de ce dernier jugement : si les cotes de confiance sont négatives pour les dirigeants, « c’est nettement moins pire qu’ailleurs », donc positif. Et en si bon chemin, le journaliste tend une nouvelle perche.

  • Nicolas Demorand : c’est un parti populaire l’UMP ?
  • Pascal Perrineau : C’est un parti populaire …relativement populaire vous savez parce que les Français ne portent pas les partis en général dans leur cœur. Dans la dernière cote de popularité de la Sofrès on s’aperçoit que l’UMP est le deuxième parti le plus populaire derrière les verts et à 6 points devant le parti socialiste en septembre…

En somme, le résultat est bon car « c’est moins pire qu’ailleurs ». Un tic de pensée faut-il croire car l’expert explique encore que, n’ayant rien à perdre, l’UMP va gagner la prochaine élection. L’expertise de l’élection a fait de grands progrès puisqu’on peut livrer aujourd’hui le commentaire plusieurs mois avant le résultat du scrutin.

  • Pascal Perrineau : il faut reconnaître que sur le papier l’UMP est dans une perspective dynamique, elle sort d’un succès tout de même aux dernières élections européennes, et d’autre part on sait que la totalité des exécutifs régionaux est à gauche donc quelque part l’UMP ne peut que gagner.

Il ne manquait que l’opinion en chair et en os d’une citoyenne, militante UMP probablement, pour prendre le relais des réponses-questions et assurer qu’aux Etats-Unis, Nicolas Sarkozy est un homme de gauche. L’expert confirme d’autant plus qu’il revient d’un séjour dans une université américaine où ses collègues lui ont dit la même chose. On plaint déjà la science politique américaine si elle a atteint un tel degré de platitude intellectuelle et de servilité politique.

  • Nicolas Demorand : On a une question internet de Maeva : comment expliquez-vous que Nicolas Sarkozy soit considéré comme un socialiste aux Etats-Unis et un libéral en France ?
  • Pascal Perrineau : C’est vrai que dans ce pays, où il y a une vraie culture libérale, qu’est les Etats-Unis, je viens de passer un mois et demi dans une université américaine et beaucoup de collègues américains me disaient en effet Nicolas Sarkozy dans le paysage américain on le situerait plutôt à gauche du moins du côté du parti démocrate, certainement pas du côté du parti républicain, je crois que cela tombe sous le sens et c’est vrai qu’en France j’en parlais tout à l’heure avec Jean François Sirinelli, il y a cette vieille tradition de la droite étatiste, qui sait faire avec l’Etat, on l’a vu bien sûr avec le général de Gaulle et avec d’autres hommes de droite, qu’a récupérée avec pragmatisme Nicolas Sarkozy.

Devant la clarté du dispositif de propagande, est-il utile de considérer le contenu de l’argumentation ? Observera-t-on pourtant que la valeur des cotes de confiance et de popularité est à peu près nulle. Ainsi, le premier ministre, personnage politique de second plan, bénéficie d’une popularité constamment plus élevée qu’un président tout puissant. En somme, les cotes de popularité offrent une récompense à l’inexistence. Des commentateurs continuent pourtant d’exposer ces données avec le plus grand sérieux.

On ne saurait surtout prendre une évocation floue de chiffres pour une analyse. Cette forme particulièrement simpliste de doxosophie, qui consiste à répéter ce qu’est censé dire l’opinion (c’est haut ou c’est bas, ça monte ou ça descend), et à confondre cela avec un raisonnement, confine au degré zéro de la pensée. On aurait pu se réjouir du ridicule d’un piètre dialogue si l’on ne pouvait craindre que ce soit aujourd’hui une représentation ordinaire de ce qu’est penser. On a bien sûr le droit, sinon le devoir, d’ironiser sur la complicité de journalistes et de politologues serviles, intéressés et ignorants mais aussi ceux de déplorer qu’on puisse croire ainsi penser. Mais qui est dupe ?

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