observatoire des sondages

Sondage = élection

lundi 23 septembre 2013

C’était jusqu’ici implicite malgré les protestations formelles des sondeurs. C’est devenu explicite sous la forme de l’évidence : sondage=élection. C’est ce qu’il faut déduire de nombreux commentaires politiques après les élections allemandes du dimanche 22 septembre 2013.

"Alors que Merkel triomphe, Hollande s’enfonce dans les sondages" (Titre de dépêche AFP, 23 septembre 2013) [1]. L’Agence France Presse continue donc quels que soient les changements de président d’intoxiquer la presse française.

Petite différence jugée non significative, il s’agit d’élection dans le premier cas, de sondage dans le second. Il n’est point nécessaire d’être un grand logicien pour conclure à l’équivalence entre les deux. Malgré toutes les dénégations antérieures on y est donc, pourquoi ?

Il serait facile de pointer l’incompétence scientifique de nombreux journalistes. C’est vrai. (Voir par exemple Philippe Tesson, Hubert Vuertas, Yves Thréard, Jean-François Achilli, etc.) :

- "Merkel au plafond Hollande au sous-sol. Cette fois c’est la grande marée et, sauf retournement miraculeux, François Hollande ne refera pas surface. Sa nouvelle chute dans les sondages, en raison notamment de sa gestion fiscale, à un moment où il pouvait tirer partie d’un espoir de reprise, le plombe dans l’impopularité. Il est coincé dans son impasse au moment où l’élection allemande, en consacrant Mme Merkel, vient prouver qu’un langage de fermeté n’est pas un piège électoral" [2].
- "Cette reconduction triomphale de la chancelière survient au moment où François Hollande plonge dans les sondages (...) Les Français se détournent aujourd’hui du président normal, là où les Allemands plébiscitent la chancelière qui continue à faire ses courses au supermarché" [3].
- "Merkel c’est le contre-exemple de François Hollande : elle est populaire, elle réussit ce qu’elle entreprend (...) alors que lui Hollande il est dans les tréfonds des sondages de popularité" [4].
- "Angela (Merkel) qui rit, François (Hollande) qui pleure ! La brillante réélection de la chancelière ne calme pas les rancœurs de la majorité - pourtant confrontée à de piteux sondages - contre le modèle allemand" [5].

Totalement imperméables au moindre raisonnement logique même avec de la bonne volonté, ces journalistes ne comprennent pas. Syndrome du cancre qui en vieillissant ne l’est pas moins. Il n’est qu’à retrouver sous la plume des professionnels anciens des formules balancées et vides - qui sentent les couloirs de Sciences-Po Paris - mais n’en sont pas moins de bons indices de "pensée primitive" : "Certes, le modèle allemand ne s’est pas imposé sans provoquer des dégâts, principalement sur le plan social et sur le plan européen. Mais le résultat est là, et si les Allemands ont plébiscité hier la politique de la chancelière, le même jour un sondage nous apprenait que l’adhésion des Français à la politique de leur président plongeait dans des proportions dramatiques (23 %)" (Philippe Tesson, 85 ans, Ibid) [6]

Il faut donc espérer à cet égard que la formation des jeunes générations de journalistes remplacera l’ignorance des anciens. On ne saurait pourtant se satisfaire de ce constat insuffisant. Il existe bien des intérêts professionnels à se prévaloir des chiffres des sondages.

- 1. Ils permettent des commentaires rapides à des auteurs dépourvus d’inspiration.
- 2. Ils donnent de l’importance à des journalistes qui se pensent plus en gens d’influence ou auxiliaires de la politique qu’en commentateurs.
- 3. Ils instituent ces journalistes en équivalent d’agence de notation dans ce marché de l’opinion qui est au principe même de la démocratie de marché.


[1Reprise et commentée par l’ensemble de la presse.

[2Hubert Vuertas, France-Culture, 23 septembre 2013.

[3Jean-François Achilli, France-Info, 23 septembre 2013.

[4Yves Thréard, Le Figaro, 23 septembre 2013.

[5Philippe Tesson, Le Point, 22 septembre 2013.

[6Sur les modes de pensée non rationalistes caractéristiques des sociétés premières, des sondeurs et des doxosophes : cf. Alain Garrigou, Richard Brousse, Manuel anti-sondage, La Ville Brûle, septembre 2011. p. 58, et cette anecdote de l’anthropologue Gérard Toffin : « Par une circonstance malheureuse, écrit un ethnologue pour expliquer l’hostilité d’une communauté villageoise à sa présence, un enfant était tombé le lendemain de mon arrivée du troisième étage de sa maison alors qu’il jouait près de sa fenêtre. Il eut plus de peur que de mal, mais certains habitants firent le rapprochement entre mon installation et la chute de l’enfant. », cf. Les tambours de Katmandou, Paris, Payot, 1996, p. 36.

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