observatoire des sondages

Sondage sur l’école : « peut mieux faire »

jeudi 23 septembre 2010

Lors du procès intenté à Marianne par OpinionWay en février 2010, le sondeur s’est plaint de l’ « acharnement » du magazine à salir sa réputation. OpinionWay a été débouté mais continue de produire des sondages manipulatoires. Avec le même « professionnalisme » ? Nouvel exemple : une « étude » sur l’enseignement publiée le 1er septembre 2010 par le magazine Challenges.

Passons sur la méthode des sondages en ligne qui les disqualifient pour relever seulement les ficelles qui permettent aux sondeurs d’obtenir les résultats favorables et, en principe à celles de leurs clients, déclarés ou non. A son habitude, OpinionWay ne s’embarrasse pas de précautions méthodologiques ou déontologiques. Les cinq questions posées indiquent l’objectif du sondage : promouvoir l’enseignement privé. Comment ? En dénigrant l’Education nationale. Presque tous les sondés (97%) considèrent l’existence d’un enseignement public gratuit et obligatoire comme une donnée constitutive de la République française. Bien abstrait et peu compromettant. Tout se gâte à la deuxième question : « L’Education nationale est-elle selon vous responsable de l’échec scolaire ? ». Demanderait-on à des sondés si « les restrictions du budget de l’Education nationale sont responsables de l’échec scolaire » ou encore, dans un autre domaine, si « selon eux », la police est responsable de l’augmentation de la délinquance ? ». Il se trouve évidemment suffisamment d’internautes, incompétents en matière d’enquête et bien naïfs pour être instrumentalisés, pour opiner : 56% attribuent la responsabilité de l’échec scolaire à l’Education nationale. Comment peut-on croire encore que des sondés vont spontanément avouer ou reconnaître leurs responsabilités, leurs erreurs ou pire ? La réflexivité est une des qualités les moins bien partagées parmi les humains souvent enclins à rejeter la faute sur les autres. Et ici, ils sont confrontés à un échec scolaire dont la nature n’est pas précisée. Quant au « principe d’un soutien scolaire obligatoire dans tous les établissements publics », objet de la 3e question, il est approuvé par 84% des sondés. Comme il est indiqué que tous les élèves seraient concernés, donc ceux des sondés et que ce serait gratuit puisqu’il s’agit d’enseignement public (même si cela n’est pas tout à fait exact), il ne faut pas s’étonner qu’une grande proportion des sondés approuvent. Plaudite cives, lançait-on au public romain à la fin du spectacle.

Que ne ferait-on pas pour ses enfants ? Là arrive la question parfaitement manipulatoire d’OpinionWay sur l’effort financier que sont prêts à fournir les parents : « Etes vous prêt (ou auriez-vous été prêt) à payer pour l’éducation de vos enfants ? [1]. 65% des sondés déclarent être prêts à payer contre 35%. 35% de parents indignes ? Ou opposés parce que cela serait financièrement difficile pour eux ? On ne le saura pas. Mais est-on sûr que les 65 % de « bons parents » paieraient réellement « en situation » ? La cinquième question sur la confiance qu’accordent les sondés au secteur public par rapport au secteur privé en matière d’éducation parachève la manipulation : 44% lui font plus confiance et 40% autant confiance. Cela n’engage peu, mais est utile à ceux qui commentent pour alimenter la machine idéologique. Pas toujours assez cependant.

Le journaliste de Challenges, peu au fait de ce que sont les sondages et de la qualité de celui-ci, traite les Français « d’hypocrites », sous prétexte qu’ils « adulent comme valeur républicaine le service public et gratuit de l’enseignement » mais « trouvent que sa qualité est exécrable ». Où a-t-il vu cela ? Qu’est-ce qu’un sondage pour nos idéologues ? Si, malgré les précautions, il n’est pas assez bon, il sert de prétexte à défendre son obsession, ici celle d’un magazine économique néolibéral, demain celles du pouvoir sur la sécurité, sur l’immigration, etc.

Messieurs les sondeurs, encore un effort pour trouver les bonnes questions.


[1Précision importante le sondage ne se préoccupe à aucun moment de savoir si les sondés ont ou non des enfants scolarisés.

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