observatoire des sondages

Un looser populaire

vendredi 5 juillet 2013

Coïncidence : le lendemain d’un revers grave avec le rejet de ses comptes de campagne par le Conseil constitutionnel, un sondage CSA-Atlantico du 5 juillet nous « apprend » que Nicolas Sarkozy est largement en tête des préférences pour l’élection présidentielle de 2017 chez les sympathisants UMP. Il précède François Fillon avec 67 % contre 12%. Le sondage effectué en ligne en deux vagues a précédé la décision du Conseil constitutionnel. L’inverse n’aurait pas changé grand-chose. En l’occurrence, peu importe le manque de rigueur de ces sondages en ligne qui n’ont rien de représentatif. Il suffit que les sympathisants UMP qui ont du temps pour répondre à ce sondage aient aussi massivement manifesté leur préférence à un homme qui a manqué la réélection, malgré la débauche de moyens financiers utilisés, dont le bilan présidentiel est remarquablement médiocre et qui cumulent les casseroles. Car au lieu de se demander s’il y a un acharnement contre Nicolas Sarkozy comme continue de le postuler l’émission "C dans l’air" (France5, 5 juillet 2013), une émission de la propagande sarkozyste toujours en place (manifestation de pluralisme étonnant du pouvoir actuel !), il convient plutôt de se demander comment un pouvoir démocratiquement élu a pu commettre tant de fautes et peut-être, selon ce qu’en dira la justice, de délits. Il ne semble pas, comme à l’habitude, que cela entame le crédit de l’ex président auprès de ses dévots. Pas plus que les prochaines affaires ne devraient le faire. Dans une préoccupation de rationalité politique, ils auraient pourtant intérêt à trouver un autre champion.

Le 4 juillet, le Conseil constitutionnel a donc préféré statuer en droit pour préserver son crédit moral qu’en politique pour sauver l’UMP de la faillite. Sa composition largement orientée à droite devrait faire taire tous les soupçons d’acharnement contre Nicolas Sarkozy mais le style paranoïaque a connu en France un tel essor que les fidèles ont suggéré un nouveau complot socialiste [1]. Et des internautes zélés ont suivi en un florilège de sottises qui seraient risibles si elles n’étaient si tristes. En un jour, Nicolas Sarkozy a pourtant accumulé les fautes : en se plaignant que la sanction soit si lourde et que pour un dépassement de quelques pourcents, ce soit 100% du financement qui soit refusé. Il démontre une nouvelle fois son incompétence juridique alors qu’il a suivi des études de droit, il est vrai fort médiocres. Imagine-t-on des pénalités proportionnelles, où il suffirait de payer une amende proportionnelle au dépassement et les candidats les plus riches ne se soucieraient guère de dépasser la limite. Il ignore aussi la pratique du contrôle de régularité des élections qui n’implique pas une évaluation exhaustive des infractions mais de parvenir de manière certaine à des critères suffisants. En somme l’évaluation du Conseil constitutionnel a été clémente légalement sachant que le dépassement a été plus important que celui qui a été retenu. C’est la jurisprudence constante des instances de contrôle comme les tribunaux administratifs et le Conseil d’Etat. Or, des dépenses électorales n’ont pas été comptabilisées qui font l’objet d’une instruction judiciaire : ceux des sondages de l’Elysée. Imaginait-on le Conseil constitutionnel magnanime une nouvelle fois après 1995 ? Quitte à découvrir après coup, comme avec l’affaire de Karachi, qu’il y avait eu des fraudes graves et un aveuglement volontaire du juge constitutionnel.

Nicolas Sarkozy a ensuite annoncé sa démission du Conseil constitutionnel. Saine mesure politique tant on ne voit toujours pas pourquoi les anciens présidents de la République y siègent. La réforme constitutionnelle de Nicolas Sarkozy, sans doute une aimable revanche, aurait pu faire ce changement et modifier également les modalités du contrôle dont se plaint l’ex président. Mieux vaut tard que jamais. Il n’empêche que ce dépit immédiatement politique est une erreur politique. Elle répète la décision de quitter la politique que Nicolas Sarkozy annonça au soir de sa défaite de 2012. Une nouvelle manifestation d’une puérilité narcissique. Et l’on est bien obligé de relier ce trait contant de conduite à la faveur des sympathisants UMP. Ils le préfèrent parce qu’il les représentent, au sens étymologique, mieux que quiconque, un miroir en somme. Ainsi dans la politique de l’impuissance, de l’absence de conviction, du marketing, en revient-on aux pulsions fondamentales.


[1Sur la notion de « style paranoïaque », cf. Richard Hofstadter, Le style paranoïaque. Théories du complot et droite radicale en Amérique, Paris, François Bourin éditeur, 2012.

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