observatoire des sondages

Comment stimuler les récalcitrants ou leur forcer la main ?

vendredi 13 mai 2022

L’une des plus grandes menaces pesant constamment sur le métier de sondeur réside non comme on pourrait le penser spontanément dans leurs prédictions électorales erronées (très fréquentes), mais dans les refus de réponse à leurs « enquêtes » quelle qu’en soit la nature. Si la généralisation du « on line » a pour l’instant endigué le phénomène amorcé il y a plus de trente ans et fait baisser le coût des sondages, la gestion des répondants et de leurs qualités requises demeure une question stratégique pour la profession.

La rémunération des sondés initiée en France par Opinionway et Harris interactive a été adoptée par tous leurs sondeurs. Le recours aux panels (groupes de sondés pré-constitués et interrogés régulièrement) confiées à des entreprises spécialisées, s’est également généralisé (« l’effet panel » pourtant connu et reconnu a totalement disparu, lui, comme par enchantement [1]).

Mais comme tout bon commerçant Opinionway vient « d’innover » une nouvelle fois en matière d’incitation à « consommer du questionnaire ». A l’image de certaines promotions publicitaires figurant sur des produits de consommation courante (produits laitiers, d’hygiène, pour le petit déjeuner des enfants, « plats cuisinés », etc.), le sondeur propose depuis peu et à une partie de ses sondés de transformer leur rémunération ou leur gratification, faible il est vrai, en don à une association de leur choix [2].

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On imagine que les associations caritatives figurent parmi celles désignées par les sondés, que les sommes pouvant ainsi être récoltées sont sans commune mesure, quels que soient les montants, avec celle reçue par chaque sondé (généralement en bons d’achat cumulables). Chacun y trouve son compte, le sondeur un moyen pour assurer son contant de sondés disposés à répondre à ses QCM, le sondé qui voit quelque sentiment, (pour une « bonne cause » ou non) satisfait, et une association (pour « une bonne » cause ou non) une source de financement jamais négligeable.

Une manière également de faire passer la critique scientifique et les non répondants pour méprisables ?


[2A notre connaissance, pour les sondages publiés, intention de vote ou « simple » sondage d’opinion, depuis décembre 2021 et une « enquête » pour l’association « Mieux voter »... Ceux qu’il interroge par exemple pour le compte de Cnews ne semblent pas disposer de cette option.

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