Le jugement des deux députés n’est sans doute pas très scientifique en postulant une intention et un plan même si on peut admettre que la stigmatisation procède de stratégies non coordonnées mais convergentes. Après tout on ne demande pas à des élus de faire œuvre de science. Cela aurait pu passer discrètement comme le plus souvent, si Frédéric Dhabi, directeur général de l’Ifop, n’avait violemment réagi : « Je regrette ces polémiques, je regrette ces calomnies, je regrette ces accusations qui mettent une partie de mon équipe en danger ».
Il n’est pas banale d’assigner en justice des parlementaires qui pourront se prévaloir de leur immunité. Cela est plus inquiétant pour d’autres qui pourraient être assignés sans cette garantie. En somme, la menace des poursuites bâillons se fait plus pressante. Longtemps exclues des rapports conflictuels dans l’univers de l’opinion, elles ont pointé le bout du nez avec les procès de l’affaire des sondages de l’Elysée. Dans la deuxième affaire portant sur un sondage Ifop-Fiducial publiée sur ce site, le Président de la 17 chambre s’était étonné que la plainte soit déposée par Fiducial et non par l’Ifop ; Une remarque lourde de sous entendus. Plusieurs années plus tard, l’Ifop assignait en justice l’universitaire Alexandre Dézé ayant commis l’impair de critiquer un échantillon trop réduit. L’Ifop se désista la veille du procès. L’incriminé s’était déplacé pour l’audience et s’y défendit sans accusateur, Le mal était fait. Pour quelques milliers d’euros, un sondeur pouvait dire à tout critique potentiel qu’il s’exprimait à ses risques et périls. Mais il ne s’agissait que d’universitaires encore qu’ils puissent se croire tout aussi visés par la plainte de l’Ifop. Quant à l’émoi de Frédéric Dabhi sur la sécurité de son équipe, ne s’est-il pas demandé s’il n’avait pas lui-même menacé ses cibles ?
