observatoire des sondages

Sondage sur la la loi Duplomb

lundi 4 août 2025

Depuis le 10 juillet 2025, une pétition en ligne défraie l’actualité. Contre la loi Duplomb cette loi ayant pour but de faciliter le travail des agriculteurs par diverses mesures a attiré l’attention par une de ces mesures - la ré-autorisation d’un pesticide considéré comme dangereux par les instance scientifiques et les organisations écologistes : le acétamipride. Jamais une pétition n’avait obtenu un tel score de plus de 2 millions de signatures (dépassés le 26 juillet). Alors que la loi a été votée par le Parlement, une protestation populaire s’y oppose donc. D’un côté on accuse une manœuvre parlementaire ayant permis un vote en catimini ; de l’autre, on parle d’instrumentalisation des pétitionnaires. On retrouve ainsi typiquement le débat entre les formes de légitimité : celle des représentants et celle des citoyens, en somme le hiatus impossible à régler de la représentation politique.

Il était facile non de vérifier mais de tester par une autre forme de consultation généralement présentée comme démocratique. Il a fallu attendre le 25 juillet 2025 pour qu’un sondage Toluna Harris Interactive – LCI soit publié. Pas vraiment rapide pour un sondage en ligne et une chaine d’info en continu. Il n’en demeure pas moins que les résultats sont sans surprise : 57% des sondés sont opposés à la loi Duplomb contre 42%.

On ne reviendra pas ici sur les problèmes soulevés par ces sondages sans indication des non répondants, avec des sous échantillons partisans bien faibles, pour y voir cependant une confirmation de l’opinion exprimée par la pétition mode de consultation alternatif ne pouvant se plier à des règles de proportionnalité : tout le monde ne maîtrise pas internet. Il n’empêche que ce sondage une fois n’est pas coutume ne fait guère les affaires du Parlement. Voila des indicateurs qui attestent que les élus représentent mal leurs électeurs et même semblent s’en ficher.

La querelle sur le sort réservé à une pétition qui, en ayant dépassé 500 000 signatures, permet l’organisation d’un débat parlementaire, ouvre une grande incertitude. Que doivent faire les élus quand ils sont désavoués par autant de mandants ? Ils peuvent échapper à la question par simple promulgation de la loi. Ils ne peuvent échapper à un débat parlementaire. Pour rien sinon acter ? Quoiqu’il en soit, le mal est largement fait qui expose le régime politique à l’antique critique de Jean Jacques Rousseau : « Le peuple anglais pense être libre, il se trompe fort : il ne l’est que durant l’élection des membres du parlement : sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien » (Contrat social, Livre III, chapitre XV).

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