observatoire des sondages

On imaginait qu’il fallait croire les chiffres des sondages. Peut-être une situation dépassée si on en juge par le journal Le Monde qui consacrait sa une du 5 juin à « La stratégie de Macron pour reconquérir l’opinion » un article intitulé « Emmanuel Macron ou la course à l’opinion ». Un marronnier de l’information où les annonces performatives de la reconquête se déclinent invariablement. Et où les titres ne brillent pas par l’originalité. On s’attendait à l’intervention de sondeurs patentés et on n’est pas déçu.

Frédéric Dabi, directeur général de l’Ifop, l’affirme : « que l’activité du président réduit le nombre des sondés « très mécontents » et regagne du soutien chez ses soutiens. Brice Teinturier directeur général d’Ipsos renchérit. « Il s’éloigne de l’acmé de la crise des retraites, il va vers les Français, il se désenlise ».

Rien qu’un commentaire journalistique banal dont on se dit qu’il est télécommandé par le responsable communication de l’Elysée et sert loyalement un bon client des sondeurs. Du coup, on ne s’aperçoit même plus qu’aucun chiffre n’est cité dans cet article consacré à l’opinion censée se fonder sur des chiffres de sondages. En tout cas personne ne l’a semble-t-il remarqué. Faut-il chercher du côté de l’insignifiance de chiffres dont les variations minimes prêteraient à sourire ce qui reste aujourd’hui d’esprit critique ou de compétence statistique ? Ce simple regard sceptique éviterait pourtant l’essentiel : les doxosophes – sondeurs et journalistes réunis - invoquent aujourd’hui des chiffres qu’ils ne publient pas. C’est un nouvelle étape dans l’économie des sondages où ils demandent qu’on les croit sur parole.

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