observatoire des sondages

Echantillon « peau de chagrin » : une pratique internationale

lundi 5 décembre 2011

Si la primaire socialiste a pu laisser croire que les compétences intellectuelles nécessaires pour deviser sur des enquêtes réalisées auprès de populations faméliques ou fantômes étaient uniquement l’apanage des sondeurs et des journalistes français, un rapide regard outre-atlantique sur les primaires américaines montrera qu’il ne s’agit aucunement d’une spécificité nationale.

Le Wall Street Journal et la chaîne de télévision NBC publiaient le 13 novembre 2011, une semaine après les résultats d’une première enquête d’opinion et d’intention de votes à la présidentielle américaine et aux primaires républicaines, un autre sondage auprès d’une partie seulement de l’échantillon interrogé la semaine précédente. Réalisé par le sondeur Hart Research, il visait à mesurer les éventuelles évolutions de choix des sondés suite aux différents débats et interventions publiques des candidats à l’investiture républicaine dont certaines particulièrement désastreuses (allusion notamment au trou de mémoire du gouverneur du Texas, Rick Perry, incapable de se souvenir en plein débat télévisé d’une « mesure phare » qu’il se proposait d’adopter).

Mais que pouvaient bien signifier les opinions et intentions de vote de…102 personnes interrogées et réinterrogées par le sondeur ? L’extrême faiblesse de cette sous population n’a pas pourtant refroidi les ardeurs éditoriales du Wall Street Journal. Si le quotidien précisait que « scientifiquement ces chiffres n’étaient pas très concluants », ils n’en demeuraient pas moins selon lui « instructifs », une rhétorique bien connue en France également. Il pouvait donc à loisir décider que la semaine séparant les deux études n’avait été pas été bonne pour l’ancien fabriquant de pizza, Herman Cain, dépassé dans son face à face avec l’ancien gouverneur du Massachusetts Mitt Romney, qu’elle avait été horrible pour Rick Perry, mais bénéfique pour l’ancien président de la chambre des représentant Newt Gingrich. En pleine crise du crédit voilà une attitude bien téméraire.

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