observatoire des sondages

Encore un sondage truqué : Une coproduction CSA-Le Parisien-AFP

mardi 29 septembre 2009

Après l’interview de Nicolas Sarkozy à New York, diffusé simultanément sur les chaînes TF1 et France 2 le 24 septembre 2009, Le Parisien/Aujourd’hui en France a publié les résultats d’un sondage CSA. La presse en a repris les données sur la foi d’une dépêche AFP :
« 57 % des Français l’ont trouvé convaincant en général »

Le lecteur averti est immédiatement tenté de corriger : il aurait fallu écrire des téléspectateurs car seuls ceux qui avaient assisté au débat pouvaient répondre. Cette objection n’est-elle pas balayée par l’indication technique selon laquelle le sondage a été effectué « auprès d’un échantillon représentatif de 852 personnes majeures, selon la méthode des quotas » ? Comme tout sondage, pense-t-on à la suite. Représentatif ? Cela signifie qu’on a interrogé des téléspectateurs en fonction des critères sociologiques habituels de genre, âge et catégorie socioprofessionnelle et selon les proportions présentes dans toute la population. Et comme en bien des cas, les sondeurs font comme si leur population de référence pouvait comme n’importe quelle autre se voir appliquer les critères de représentativité.

Cela signifierait alors que les téléspectateurs sont identiques à la population de non téléspectateurs ? On voit immédiatement que non : les téléspectateurs favorables à Nicolas Sarkozy ont été forcément très sur-représentés dans cette population. Les adversaires suivent un autre programme… quand cela est encore possible ou ne regardent pas la télévision. On n’ironisera pas sur le fait que 12,1 millions de téléspectateurs, ce soit à peine plus que le nombre de voix obtenues par Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2007 (11 448 663). Ce n’est en tout cas pas une population représentative des électeurs (50 millions d’inscrits). Nous avons donc affaire à un sondage truqué. Plutôt, nous aurions déjà affaire à un sondage truqué s’il avait bien été effectué dans ces conditions. Pourtant, les conditions sont pires encore.

Précédant les tableaux édités sur le site de CSA, la fiche technique du sondage est identique à celle publiée par la presse et la question posée, sur le mode effeuillage de la marguerite, est très classique :
« Estimez-vous que lors de son interview Nicolas Sarkozy a été très convaincant, assez convaincant, peu convaincant ou pas du tout convaincant ? »
Pourtant, une ligne suit :
« Question posée aux personnes ayant vu ou entendu parler de l’interview télévisée, soit 68 % de l’échantillon ».
Comme souvent, le sondage consiste en une seule question posée au sein d’un sondage omnibus (comprenant généralement une bonne trentaine de questions).

En fait d’échantillon représentatif, il ne s’agit plus de 852 personnes mais de 580. Nous ne sommes plus dans les grandeurs de la représentativité même pour les sondeurs. Sans même parler des sous-populations qui donnent lieu à commentaires pour des effectifs de quelques individus. Et surtout, l’échantillon est toujours présélectionné sur un critère politique qui consiste à sur-représenter les téléspectateurs favorables à Nicolas Sarkozy. On ne sait pas combien. Malgré la faiblesse des effectifs, cette corrélation est trop nette pour ne pas apparaître : ceux qui ont assisté à l’interview jusqu’au bout sont les plus convaincus et ceux qui en ont entendu parler les moins. Il s’est en effet trouvé des sondés n’ayant pas assisté à l’interview pour dire s’ils avaient été convaincus ou pas. C’est dire la puissance de conviction des enquêteurs et enquêtrices ou la bonté de ces sondés. On croyait donc avoir affaire à un simple trucage ; il l’est doublement comme si la production de bons chiffres imposait un redoublement d’effort.

Aurait-on seulement mis le doigt sur un cas exceptionnel ? A moins qu’on ne cherche pas les trucages où ils sont du fait d’une vision étroitement techniciste. Bien sûr, il arrive qu’il y ait des biais dans les questions ou des opérations arithmétiques douteuses. Il y a de cela dans le sondage CSA-Le Parisien/Aujourd’hui en France. Il est pourtant difficile de qualifier de « rare » la douzième édition de cette opération menée après une intervention présidentielle avec les mêmes « partenaires ». Le trucage n’est pas seulement une opération ponctuelle mais un mode opératoire parce qu’il procède d’une falsification du principe des sondages. La représentativité, ce critère de scientificité fonctionne aujourd’hui comme un principe magique. Il est souvent une illusion pour ne pas dire un mensonge mais la croyance est tellement bien établie, à coups de fiches techniques, de répétitions et de crédulité, que nul ne s’en préoccupe. Si son application fallacieuse produit des chiffres inexacts, elle fait de « bons sondages ». Et si un sondeur est pris en faute, ce sera bien sûr la faute de la titraille.

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