observatoire des sondages

Pascal Perrineau et les sciences politiques avancées

dimanche 27 mars 2011

Lors d’une réunion de Sorbonne Paris Cité, instance regroupant plusieurs établissements d’enseignement supérieur, son président Vincent Berger communiquait une lettre de la ministre Valérie Pécresse qui « envisage un centre d’études avancées sur les sciences politiques avec Pascal Perrineau ; cette information a été transmise bien tard à Richard Descoings » (procès verbal du 1er décembre 2010). En bon français, un laboratoire de sciences politiques doit être créé par ou pour Pascal Perrineau. Le directeur de Sciences Po apprend l’information à cette occasion. Il s’étonne, proteste même, de ne pas en avoir été averti, alors que Pascal Perrineau est directeur du Cevipof, laboratoire de Sciences Po, récemment reconduit dans cette fonction par Richard Descoings. Or ce maintien n’allait pas de soi à la suite du départ de la moitié des chercheurs du Cevipof pour désaccord avec sa direction [1]. Richard Descoings avait néanmoins nommé Pascal Perrineau pour un dernier mandat. On savait que la pression de l’Elysée y avait aidé. Cette fois, s’agit-il de recaser un bon serviteur ?

On se demande en effet ce qui justifie la création d’un centre de sciences politiques avancées, qui laisse croire que les autres ne le sont pas quand le « bénéficiaire » est un politologue peu avant-gardiste. Pascal Perrineau est en effet un spécialiste des élections qui serait fort démuni s’il n’y avait les sondages. Il en est un adepte sans mesure. Rien de bien novateur. Le politologue est d’ailleurs plus connu comme un abonné des plateaux médiatiques qui ne sont pas des lieux où l’on révolutionne la pensée. Si l’on sait qu’il est de surcroît membre de Fondapol, le think tank de l’Elysée dirigé par Dominique Reynié, membre du Cevipof, et co-auteur d’un Dictionnaire du vote, que la ministre de l’enseignement supérieur n’a guère de raison de se soucier de la science politique avancée, on comprend que l’affaire bénéficie du soutien du président de la République. Dans la piètre situation préélectorale dans laquelle il est, le président sortant mobilise le ban et l’arrière ban de la politologie sondagière. La situation est vraiment désespérée.


[1Cf. Le Monde, 12 mars 2009.

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