observatoire des sondages

Petite pataphysique sondagière estivale

mardi 4 août 2009

A l’instar des publications des résultats de scrutins électoraux qui ne se conçoivent jamais sans leur lot de commentaires (voir à ce propos Leçon de méthode à l’usage des journalistes politiques), les résultats de sondages sont toujours accompagnés d’explications d’experts chargés d’indiquer ce qu’il convient d’en penser, les chiffres publiés ne parlant jamais d’eux mêmes. Est-ce à dire que les commentaires des sondages nous éclairent toujours sur le sens et les raisons des positions exprimées par les sondés à travers eux ? Rien n’est moins sûr.

Dans une récente enquête Ifop/Jdd sur la popularité de Nicolas Sarkozy [1], l’expert de l’Ifop [2] attribuait le léger mieux enregistré par la cote, toujours négative certes, du président de la République française à la trêve estivale et aux réjouissances du 14 juillet !

Un autre sondage effectué par Ispos/Le Point [3], quasiment au même moment que celui de l’Ifop, enregistrait au contraire une baisse des opinions favorables au président de la République. Si les avis négatifs étaient toujours majoritaires, comparativement à l’étude de popularité d’Ipsos du mois précédent, le commentaire de l’expert de l’institut de sondage [4] accompagnant ce chiffre soulignait l’aspect inhabituel de cette baisse, car selon ce dernier, comme pour l’expert de l’Ifop, les festivités du 14 juillet constituent "d’habitude un moment favorable", sous entendu les commémorations de la fête nationale auraient dû se traduire dans les chiffres par une évolution positive.

Difficile d’évaluer la pertinence d’une telle « explication » en l’absence de données solides, non fournies par les deux commentateurs, permettant d’entrapercevoir la logique présidant à leur raisonnement et à leurs conclusions. A moins de considérer que cette explication ne soit à l’image des sondages de ces deux instituts... c’est à dire très problématique, ou pour le dire autrement : à sondage fantaisiste explication fantaisiste.

Quoi qu’il en soit en l’absence des "lumières" de nos deux experts sondeurs nous ne nous aventurerons point à fournir une explication à ce changement de tendance ou à cette divergence entre sondeurs. Est-ce d’ailleurs bien raisonnable ?


[2Jean Luc Parody, consultant Ifop et directeur de recherche à la Fondation nationale des sciences politiques.

[4En l’occurrence Jean-François Doridot, directeur général d’Ispos public affairs.

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