observatoire des sondages

Quand les laboratoires d’idées n’ont pas d’idées

samedi 9 avril 2011

On les appelle think tanks, les Français ont traduit par laboratoires d’idées. Dans les deux cas, c’est sans doute trop flatteur. Il faudrait qu’ils aient des idées. On peut en effet en douter quand des "laboratoires d’idées" paient des sondages dont on voit mal en quoi ils aident à penser.

On peut en juger sur quelques points du sondage Ifop pour La Croix et la fondation Jean Jaurès intitulé L’opinion publique européenne face au « printemps arabe » (Le Monde, 7 avril 2011) :

1- Les questions  : biaisées et/ou sans grand intérêt.

Selon vous, les pays de l’Union européenne devraient, dans la situation
actuelle, consacrer des moyens financiers plutôt pour... ?

- Aider au développement et à la stabilisation des pays du Sud de la Méditerranée afin de fixer sur place les populations

- Renforcer les contrôles aux frontières et lutter contre l’immigration clandestine en provenance du Sud de la Méditerranée ....

Selon vous, est-il probable ou peu probable que des événements dans les pays arabes se traduisent par... ?

- L’augmentation du nombre d’immigrants originaires de ces pays en direction de l’Europe

- L’arrivée au pouvoir des partis islamistes dans ce pays

- L’arrivée au pouvoir des militaires dans ce pays

- Le développement économique et social de ces pays.....

2 - Méthodologie : "Sondage réalisé auprès d’un échantillon de 2543 personnes, âgées de 18 ans et plus, réparties dans les pays suivants : France (501 interviews), Royaume-Uni (500 interviews), Allemagne (502 interviews),
Espagne (515 interviews), Italie (525 interviews) ; les interviews ont eu lieu par questionnaire auto-administré
".

Autrement dit cinq sondages réalisés par internet auprès d’échantillons réduits, non représentatifs, sans considération de la taille des populations respectives des cinq pays retenus.

3 - L’analyse des réponses ? On croirait qu’il s’agit d’un banal commentaire journalistique de sondage, c’est à dire du commentaire d’un sondeur signé par un journaliste.

Or, l’exemple n’est pas isolé. On avait signalé ici même le "sondage" Fondapol sur la jeunesse du monde dont le résultat était d’une pauvreté affligeante (cf. La jeunesse du monde selon l’UMP). Pourquoi les laboratoires d’idées sous-traitent-ils la production d’idées à des entreprises spécialisées dans la production de pourcentages ? Il faut croire qu’ils disposent de plus de ressources financières que de ressources intellectuelles et que comme toute organisation bureaucratique le premier but consiste à justifier sa propre existence.

Lire aussi

  • Quand les politiques se servent de la critique des sondages

    10 octobre 2016

    C’est un phénomène bien connu la critique des sondages ne vient à l’esprit des politiques, la plupart du temps, que lorsque les résultats ne leur plaisent pas (cf. Primaire à droite : un candidat (...)

  • Infidélité conjugale : quand les sondages consolident les stéréotypes

    17 mars 2014

    S’il en est de plus dangereux, les stéréotypes sur la sexualité font aussi la pitance des sondages. Comme les stéréotypes racistes ou nationaux, ils les entretiennent. Un sondage sur l’infidélité (...)

  • Quand les sondeurs se soucient des pauvres

    15 décembre 2012

    En organisant les 10 et 11 décembre 2012 une « conférence nationale contre la pauvreté » le gouvernement a tenu à montrer qu’il se préoccupait d’un phénomène qui s’est aggravé ces dernières années même si (...)